dimanche 22 octobre 2017

Révoltées, témoignage fictionnel d’un pan oublié de l’Histoire



Écrit pour le centenaire de la révolution russe, par Carole Trébor, une historienne et une romancière de talent, (Lumière, U4 Jules), Révoltées vous plonge en plein octobre 1917 entre les rues criblées de balles et le théâtre non moins révolutionnaire de la troupe du « club futuriste de Moscou ».


Résumé

En octobre 1917, les russes se révoltent, la faim gronde, les mutineries s’enchaînent sur le front allemand et les soldats rentrent estropiés et traumatisés. Bientôt, gardes de la marine, anciens soldats, ouvriers et étudiants se jettent à corps perdu dans cette guerre pour tenter de faire comprendre au gouvernement remplaçant que ce n’est pas leur guerre, que leur considération sont loin de celles du peuple qui ne désire que « la Paix, la Terre et du Pain ».

Tatiana et Léna, des jumelles de 17 ans vont se retrouver prises dans cette reconquête du pouvoir par le peuple. Chacune à leur manière, elles vont tenter de faire entendre leur colère ; l’une en chantant les poèmes de Maïakovski, l’autre en atteignant un haut grade dans le réseau clandestin bolchevik ; l’une avec réserve, l’autre avec fougue, deux faces d’une même pièce pleine de passion et de rage.

Mon avis

C’est à travers le point de vue de Tatiana que nous observons ce peuple russe affamé et traumatisé par la guerre. Nous avons en France, cette propension à s’appesantir sur notre propre sort sans voir celui des autres. Aussi, plétor de livres jeunesse se passent durant la guerre 14-18 sans rendre compte de ce qui se passe également chez les ennemis ou les alliés.

Aussi, je peux avouer sans honte que je ne connaissais que très peu de chose sur la révolution russe. Peut-être est-ce à cause de la vision que nous avons aujourd’hui d’une Russie rétrograde et mauvaise qu’il nous ait quasiment impossible de penser les russes comme étant des individus à part entière et non pas comme LA Russie. Le mépris occidental...mais je m’égare !

Avec une habileté déconcertante, Carole Trébor arriver à placer toutes les parties prenantes de cette guerre intestine : la révolution artistique (le club futuriste de Moscou et Tatiana), les bolcheviks (Léna), les républicains (Piotr) et les personnes plus ou moins neutres (Babouchka, autrement dit la grand-mère des jumelles).
Les quatre personnages cités ont une relation très forte. Alors que le père part en guerre, c’est la grand-mère qui s’occupe très vite de Tatiana et Léna puis qui perd la vue et qui laisse ses deux petites-filles prendre soin d’elle. Piotr quant à lui est leur ami d’enfance que la révolution et la divergence de point de vue qu’il entretient avec Léna va séparer. Animés par leurs propres idées, ils essayent chacun leur tour d’argumenter en faveur de son opinion quitte à se blesser profondément ; ainsi Piotr pense que le parti bolchevik va les mener à la mort, Léna que la religion de sa grand-mère n’est que sornette, etc.
Les trois amis d’enfance se retrouvent d’un seul coup catapultés dans un rôle d’adulte qui pourrait bien les séparer pour toujours.

Tatiana, bien qu’étant considérée comme l’aîné n’a pas la même fougue ni la même rage de vaincre que sa sœur, ce sont finalement les poèmes de Maïakovski et sa participation surprise au club futuriste de Moscou en tant que chanteuse qui vont la réveiller et la sortir de sa transe. Horrifiée par la guerre, terrifiée à l’idée que quelque chose puisse arriver à sa sœur ou à sa grand-mère elle va bien vite se découvrir une âme de révolutionnaire.

Les divergences d’opinion des différents personnages font grandir peu à peu le récit et prouvent par bien des égards que le bien et le mal n’existe que très rarement. Les 10 % restant du livre sont consacrés aux recherches et aux faits historiques que l’autrice a sélectionné pour écrire son roman on y apprend d’ailleurs que « ce récit se déroule pendant la semaine d’insurrection qui se déroule à Moscou à partir du 26 octobre 1917 » et que « ce sont des manifestations ouvrières spontanées de femmes qui mettent le feu au poudre en février 1917 ». Autant d’anecdotes qui donnent des accents terribles de vérité à cette fiction historique.

Pour conclure

Avec une justesse qui lui est propre, l’autrice a su retranscrire une part de l’histoire avec opiniâtreté et diligence afin de présenter à des adolescents une lecture efficace, poétique et élégante.

Extrait

« Un incendie embrase le ciel du côté du Kremlin. Les combats s’intensifient, les chants de Stepan et Macha ne suffisent plus à couvrir le tintamarre de l’insurrection. Les vitres tremblent, des obus sillonnent la nuit, j’en vois un tomber au sol, qui soulève des gerbes d’étincelles. Les murs vibrent à leur tour. Et le rideau tendu derrière la tribune s’affaisse sur Stepan, obligé d’en descendre.
- Tatiana, mon canari, viens près de moi ! m’appelle grand-mère, paniquée.
Je cours la protéger de mes bras.
La nuit sera longue, je décide qu’il est plus raisonnable de rester au studio…

Et ma sœur et Vitali sont quelque part dans cette nuit qui décapite les réverbères. »

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