mercredi 2 août 2017

Cet été-là, tout recommence mais rien n'est pareil


Cet été-là, de Jillian Tamaki et Mariko Tamaki



Cet été là est une bande dessinée américaine dont Mariko est la scénariste et Jillian l’illustratrice. Les deux artistes se complètent à la perfection en un sublime jeu de non-dits, explorant cette époque tendre et violente de la préadolescence.
Car oui, mes chers dreamers, je profite de mes vacances pour surfer allègrement sur la vague de souvenirs qui m’avait prise à l’issue de la lecture de Forever Young de Charlotte Orcival.

« Awago Beach, c’est cet endroit. Où l’on va chaque été, mes parents et moi.
Depuis…
...peut-être…
Toujours. »

Les étés adolescents. La fin de la routine et du bahut, le début de l’aventure, de la découverte, de l’exploration, des conversations surprises au coin d’un feu, des cris entendus un soir où les étoiles sont lumineuses, des rêves vécus les yeux grands ouverts. L’été où tout change.
Depuis des années, depuis presque « toujours » Rose et ses parents vont à Awago Beach, là « où les bières poussent sur les arbres [et où on] a le droit de dormir jusqu’à 11h » comme le dit son père. L’occasion pour elle de rejoindre son amie d’enfance, Windy, qu’elle retrouve chaque été depuis l’âge de cinq ans.

Mais cette année-là rien n’est plus pareil. Les deux jeunes filles s’interrogent : est ce que c’est normal d’avoir des seins si énormes qu’ils vous frappent le visage quand vous courrez ? Et d’ailleurs quand est ce que Rose en aura, des seins ? Est-elle condamnée comme sa mère à porter un bonnet B ? Alors que Windy pose ces questions de manière exubérante, c’est la narratrice, Rose, qui nous fait pleinement rentrer dans ces interrogations intimes. Des dissensions dues à leur un an et demi d’écart commencent doucement à se faire sentir, Windy ne devrait-elle pas se taire ? Parler moins fort ? Et Rose, elle, ne devrait-elle pas déjà avoir un petit ami ?



Au détour d’un DVD-store les deux jeunes filles font la découverte douce-amer de l’adolescence brute : un groupe de fille parle de sexe, un couple s’embrasse à pleine bouche dans un coin qu’elles cachent derrière l’image déformée d’un bonbon… Peu à peu un monde sauvage, indistinct et merveilleux s’offre à elles. Et les voilà à suivre à la manière d’un documentaire le couple Dun-Jenny entre colère et sexe, amour et révolte.

Mais dans l’histoire de Rose, les disputes de ses parents s’y mêlent, des disputes qu’elle ne comprend pas. Surtout sa mère, Alice, qui ne se baigne pas, qui ne se détend pas, qui ne rit pas. Qui semble s’être arrêtée en chemin, un jour de baignade dans l’eau d’Awago Beach où le bébé a lâché en chemin. Mais ça, Rose ne le comprend pas encore alors la rébellion s’installe : froide, insolente et provocatrice.

Ce texte se confondrait peut-être avec tous les autres si les formidables dessins de Jillian ne venait pas le sublimer et l’expliciter. Sous le travail conjugué des deux canadiennes le vent faisant bruisser les branches des arbres secs, le bruit des cailloux roulant sous les pieds, le son du sable mi-crissant mi-glissant entre les orteils, tout prend vie de manière extraordinaire, comme amplifié par cette acuité nouvelle qu’est celle de l’adolescence, de l’été aussi et de ces vacances que l’on voudrait voir éternelles et instantanées à la fois.

Ce fut un véritable plaisir à la fois pour les yeux et le coeur que de plonger dans cet été adolescent représenté par deux jeunes femmes au talent incroyable. J’ai été subjuguée par cette impressionnante alchimie qui s’opère entre le texte et l’image, l’un le reflet de l’autre et vice-et-versa, pour former une bande dessinée très agréable à lire. 


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