samedi 22 juillet 2017

Un roman vibrant, véritable ode à la puissance créatrice et artistique.


Les filles au lion, de Jessie Burton



Après Miniaturiste, Jessie Burton se lance dans Les filles au lion, un roman intriguant aux personnages bien dessinés et à l’énigme artistique haute en couleurs.

En 1967, Odelle, 26 ans, originaire des Caraïbes, travaille dans une boutique de chaussures avec sa meilleure amie Cynth. Cinq longues années à ramasser les bouts d’ongles coincés dans les tapis, faire essayer des chaussures aux pieds transpirants des ladies, bref, à ne rien faire de cette vie londonienne qu’elle avait pourtant rêvée, idéalisée, imaginée comme étant une promesse d’emploi, de richesse et d’opportunité. Derrière sa peau chocolat se cache un désir immense : celui de devenir écrivaine.
« Le désir bouillonnait en moi. J’en avais honte et en même temps, c’est ça qui me définissait. Je voulais faire des choses plus importantes et j’attendais depuis cinq ans. Pour le moment, j’écrivais des poèmes vengeurs sur le climat anglais et je mentais à ma mère en comparant Londres au paradis ».

Butée, Odelle continue d’envoyer des candidatures partout, même pour servir du thé dans un journal, même si elle essuie refus sur refus, jusqu’au jour où elle reçoit enfin une réponse positive. Elle sera dactylo au Skelton Art Institute. C’est là bas qu’elle rencontrera Marjorie Quick, une femme élégante au port de reine qui la révélera à elle-même autant peut-être qu’elle la laissera voir son cœur et son histoire : par petit bout, par des laisser passer, par des sourires et des regards évités. Comme on délivre un secret.
Parce que Marjorie Quick a un secret, comme toutes les femmes bien sûr, mais un secret lourd qui lui pèse sur le coeur.
Un secret que Les filles au lion, ce tableau mystérieux, chatoyant, dont les magnifiques descriptions de Jessie Burton le rendent presque vivant, va faire exploser au grand jour dans un murmure silencieux.

En 1936, en Espagne, Olive, 19 ans, aspire à peindre. Son père, marchand d’art viennois ne peut pas croire qu’une femme puisse peindre, elles ne sont pas capables d’être des artistes. Et pourtant. Pourtant certains ateliers tenus par des femmes commencent à voir le jour, pourquoi pas elle ? Mais Olive n’ose pas, elle peint et laisse ses tableaux au grenier, face cachée. C’est l’arrivée d’Isaac Robles et de sa sœur, Teresa, qui va tout changer. Parce qu’Olive a enfin trouvé un but pour ses tableaux, même si elle a besoin d’Isaac, de ses blessures et de ses rejets, même si ce qu’elle fait est dangereux, même si son père ignore que c’est elle qui peint les tableaux qu’il juge splendide et qu’il envoie à son amie de Paris.

C’est entre ces deux temps que se construira et se déconstruira l’énigme de Les Filles au Lion, entre 1936 et 1967, entre Odelle et Olive, ces deux femmes à la volonté créatrice presque inébranlable.

Pour résumer : ce roman est un véritable page-turner 
Je n’avais qu’un seul désir : remonter les fils multiples de cette histoire trépidante pour découvrir la vérité de Marjorie Quick et les secrets qu’entourent Les Filles au Lion. 
Une énigme où la peinture, l'écriture mais surtout les coeurs humains s'entremêlent pour former un roman vibrant, véritable ode à la puissance créatrice et artistique. 

dimanche 9 juillet 2017

Forever Young c'est un peu l'histoire de chacun d'entre nous


Forever Young, de Charlotte Orcival



Comme vous le savez peut-être si vous me suivez sur Facebook je suis attentivement l’arrivée imminente de Bloggers' parmi nos magazines littéraires. Mais j’en tente également l’aventure ! Sélectionnée pour la deuxième phase, je dois chroniquer le roman Forever Young de Charlotte Orcival, finaliste du speed dating Amazon en 2016.
Mais ce n’est sans doute pas le plus important. Le plus important c’est bien le livre !

Résumé :

En 1984, Anna, 13 ans, parisienne, débarque au collège de Vannes, en Bretagne. Fan inconditionnelle des Smith -et de la plupart des groupes anglais en général-, étrangement attirée par l’histoire de sa famille traversée par des polonais, des ardéchois et l’horreur de la seconde guerre mondiale, écrivaine à ses heures perdues, elle pénètre dans le monde étrange et bouleversant de l’adolescence. Elle y fera la découverte de l’amitié, du désir, des baisers au clair de lune, de l’affreuse douleur du manque et de l’abandon, des soirées où la terre entière paraît plus grande ; mais aussi de la haine et de la jalousie comme seuls des adolescents savent les ressentir, comme des coups au coeur.

Mon avis :

Forever Young. Rien qu’avec ce titre j’étais méfiante : encore une histoire d’amour belle à en crever comme seuls les personnages de romans peuvent en avoir ? Non merci.

Et pourtant.

Pourtant il y a Erwan, le protecteur, le nounours au coeur tendre, le grand frère pour qui la vie est une fête. Il y a Laure, la meilleure amie que l’on comprend d’un seul coup d’oeil, qu’on suivrait jusqu’au bout du monde mais qui cache un lourd secret. Il y a Julien, le beau Julien, lunatique et mordant, fier et cynique.
Tous ces personnages qui pourraient être d’autres personnes, d’autres souvenirs peut-être ?

Et il y a Anna bien sûr qui pourrait si facilement être moi ou vous des années auparavant avec son désir de grandir, ses irrépressibles mensonges qu’elle se sent obligée de formuler pour vivre un peu parce que « maman a de sérieux wagons de retard » et qu’elle « n’est pas dans [sa] réalité ». Ses émotions aussi, toutes exacerbées qu’elles soient, ses attentes et son désir qui s’éveille tout en découverte et sensualité.
Et au milieu de tout cela, il y a nous lecteurs et lectrices qui nous reconnaissons dans sa douleur, dans son rire, dans sa joie, dans ses premières fois qui nous ont tout autant forgés qu’elle.

Parce que Charlotte Orcival n’a pas seulement raconté une histoire, elle a raconté l’adolescence. L’adolescence qui se déploie, là, comme un journal intime dont certains mots m’ont coupé le souffle tant ils brillaient de cette intensité si forte, vive et douce à la fois qui est propre à cet âge que l’on juge « ingrat », et qui pourtant reflète à bien des égards toute la beauté de la découverte des autres mais surtout de soi.

Pour conclure :
Charlotte Orcival écrit avec une justesse inouïe et nous donne à voir un roman d’apprentissage d’une émouvante sincérité entre la candeur de l’enfance et l’hésitation de l’adulte. C’est une véritable petite perle !

Citation(s) :

« Je suis trop jeune pour entrer comme ça, dans cette cour-là. Il a raison. Mais il n’en demeure pas moins vrai que je crois que je suis amoureuse de lui. Malgré tout. En dépit de lui.
C’est drôle d’écrire cela.
Amoureuse de lui.
Amoureuse tout court.
Amoureuse.
Ça veut dire que je me sens jolie et puis très laide aussi. Grande et toute petite dedans. Mon coeur bat très vite au moment même où j’écris ces mots. Je voudrais que cela s’arrête mais que ça dure aussi.

J’ai peur, mais je crève d’être lundi. »

« Maman a de sérieux wagons de retard. Je ne lui en veux pas. Elle n’est pas dans ma réalité ».


mercredi 5 juillet 2017

Daker Shades of Magic : coup de coeur pour ce tandem explosif !

Darker Shades of Magic T1, de V.E.Schwab



Darker Shades of Magic est paru aux éditions Lumen en juin 2017. Un petit bijou que je me suis empressée d’acheter et dont je ne suis absolument pas déçue !

Kell est le dernier des magiciens de sang, des sorciers capables de voyager d'un monde à l'autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est, à chaque fois, le cœur et l'âme. Le nôtre est gris, sans magie d'aucune sorte. Celui de Kell, rouge – on y respire le merveilleux à chaque bouffée d'air. Le troisième est blanc : là, les sortilèges se font si rares qu'on s'y tranche la gorge pour une simple incantation. Le dernier est noir, noir comme la mort qui l'a envahi quand la magie a dévoré tout ce qui s'y trouvait, obligeant les trois autres à couper tout lien avec lui.

Depuis cette contagion, il est interdit de transporter le moindre objet entre les univers. C'est malgré tout ce que Kell va prendre le risque de faire, histoire de défier la famille royale qui l'a pourtant adopté comme son fils, à commencer par le prince Rhy, son frère, pour qui il donnerait par ailleurs sa vie sans hésiter. Mais, à force de jouer avec le feu, il finit par commettre l'irréparable : il emporte jusque dans le Londres gris une pierre noire comme la nuit, qu'une jeune fille du nom de Lila décide, sur un coup de tête, de lui subtiliser. Pour elle comme pour lui – pour leurs deux mondes, à vrai dire – le compte à rebours est lancé.


Mon résumé 

Kell est un Antari, il peut créer et traverser des passages entre les différents Londres. Il est l’un des seul être au monde capable de le faire. Au service de la couronne du Londres rouge par laquelle il a été adopté, Kell transporte leurs courriers entre les Londres et se livre à quelques activités clandestines de contrebande.
Holland, l’autre Antari, est esclave du Londres blanc, asservi par les terribles jumeaux Dane contre lesquels il s’était battu pour occuper le trône.

Le Londres rouge est le seul à bénéficier encore de toute sa splendeur mais aussi le premier à avoir fermé ses portes pour endiguer la contamination laissant le soin aux autres de continuer à se battre. Mais cela a attiré bien des convoitises…

Lila, la seconde héroïne arrive dans l’histoire comme un boulet de canon. Terriblement confiante, intrépide, courageuse, elle désespère de partir à l’aventure. Voleuse, proche de la cleptomanie, elle croise le chemin de Kell et lui vole une mystérieuse pierre noire : un objet corrompu venu du Londres noir et qui donne des pouvoirs prodigieux à ceux qui la détienne...non sans conséquence ! Ils vont se lancer tout deux au péril de leur vie dans une mission suicide : ramener la pierre dans son Londres d’origine, au risque de ne plus jamais revenir…

Mon avis

Kell et Lila sont vraiment des personnages hauts en couleur que je ne suis pas prête d’oublier. Ils ont tout deux quelque chose de magique. Lui avec son œil noir et insondable, son manteau multiple (j’aimerais beaucoup savoir comment ça fonctionne!) et son indéfectible loyauté envers son frère, le prince Rhy, a de prime abord un comportement assez solitaire, presque taciturne. Sa position d’Antari inspire craint et respect ce qui lui donne une position assez marginale. Lui-même se voit comme une possession de la couronne.
Elle, avec son œil de verre, son sens de l’honneur « à la pirate » et son cynisme font d’elle un personnage extravagant et décomplexée.
Leur tandem fonctionne extrêmement bien même s’ils ignorent beaucoup de choses l’un sur l’autre et l’auteure ne verse pas dans la niaiserie ou le romantisme.

C’est aussi l’univers singulier de Victoria qui donne toute sa profondeur au roman. J’ai retrouvé un peu le côté sombre de Six of Crows à certains endroits notamment dans les Londres gris et blancs. De plus, je crois n’avoir encore jamais lu de livre se plaçant dans un tel décor : des Londres superposés comme des feuilles de papier qui n’ont de commun que le nom… L’idée est excellente et originale !

Ce premier tome est un coup de coeur ! L’auteure a su me captiver dès les premières pages avec son univers singulier, son écriture fluide et ce tandem explosif. Un roman mené tambour battant et de nombreuses questions encore en suspens. Je n’ai qu’une hâte : lire la suite !