dimanche 28 mai 2017

Un livre remarquable de détails historiques, d'une mélancolie rare


Les Chevaux Célestes, de Guy Gavriel Kay



Les Chevaux Célestes, paru en 2014, s’inspire librement de la Chine du VIIIe siècle sous la dynastie des Tang. Il est suivi de Le Fleuve Céleste qui demeure pour le moment dans ma PàL. Il a aussi la particularité d’être le dernier livre de mon challenge Le Mois de la Fantasy.

On donne à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donne quatre ou cinq pour l’élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l’élite – et lui valoir la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montent les chevaux des steppes.
L’impératrice consort du Tagur venait de lui accorder deux cent cinquante chevaux sardiens. A lui, Shen Tai, fils cadet du général Shen Gao, en reconnaissance de son courage, de sa dévotion et de l’honneur rendu aux morts de la bataille du Kuala Nor.
« On me tuera pour s’en emparer. On me réduira en charpie pour mettre la main sur ces chevaux avant même que j’aie regagné la capitale. »
Deux cent cinquante chevaux sardiens, introduits par son entremise dans un empire qui éprouvait pour ces montures un désir insatiable, qui gravait à leur image des blocs de jade et d’ivoire, qui associait les mots de ses poètes au tonnerre de leurs sabots mythiques.
Le monde vous offre parfois du poison dans une coupe incrustée de pierreries, ou alors des présents stupéfiants. Il n’est pas toujours facile de distinguer l’un de l’autre.

Shen Tai, à la mort de son père, Shen Gao, observe le rituel de rigueur et s’exile à l’écart de la société durant deux longues années. Au bord du Kuala Nor, la plaine qui a vu mourir des dizaines de centaines d’hommes, Tai honore la mémoire de Shen Gao et enterre tagurans comme kitans : « à aucun moment depuis son arrivée il n’avait tenté de séparer les soldats kitans des tagurans. Ils étaient enchevêtrés, leurs crânes et leurs os blanchis éparpillés ou entassés ». Et ce sont bien les lamentations de ces deux peuples, réunis dans une mort violente, qui effraient les rares kitans et tagurans qui osent s’y aventurer. Abrité par une maison de pierre, Shen Tai ose dormir parmi les fantômes pleurant et gémissant dans la nuit ce qui lui vaut l’admiration sans borne des deux peuples dont plusieurs escouades viennent chacune leur tour saluer cette entremise avec des cadeaux : bois, victuailles, vins, constructions… Cette entreprise aussi noble et louable soit elle déclenchera une série d’événements qui changeront définitivement la face de la Kitai.

Accompagné d’un cheval sardien comme preuve des 250 chevaux qui l’attendent près de la frontière kitane et qui ne lui seront remis qu’en main propre, Tai entame un long voyage physique et intellectuel jusqu’à la capitale où l’attendent un frère en quête de grandeur, un premier ministre véreux, un empereur à bout de force et deux femmes, l’une qu’il a aimée du premier regard, l’autre qu’il apprendra à admirer pour son intelligence. Aux côtés d’une guerrière Kanlin taciturne et protectrice, et d’un poète tombé en disgrâce pour avoir oser proférer des vers inappropriés envers la nouvelle Précieuse Concubine, Shen Tai devra faire face à son retour dans une société qui en deux ans a bien changé et qui se retrouve au bord du chaos, plongé dans une guerre civile dont il pourrait bien être l’origine…250 chevaux sardiens qui deviennent tour à tour fardeau, monnaie d’échange et moyen de survie.

Ce roman est une véritable déclaration d’amour à la poésie chinoise et à ses mythes et légendes dont l’auteur s’inspire pour insuffler un peu de magie ; femme-renard, fantômes et homme-loups se côtoient sans toutefois verser dans le « tout-fantasy ». Ainsi la danse folle de la cour impériale, entre meurtres et manipulations, bruisse à ravir au son du pipa. Vers, citations et musiques nous font traverser les pages aussi sûrement que dans un long voyage, un périple à travers les âges, le temps, l’amour et la haine.
On regrettera cependant une fin trop rapide qui me laisse assez perplexe. Alors que tout le roman est très lent, les dernières pages ressemblent à des énumérations d'événements où la mélancolie et la poésie qui semblaient caractériser l'écriture de Kay ne sont clairement pas mises à l'honneur.


Résumé : entre tentatives d’assassinats, poésie contée au coin du feu, et mélodies jouées à la pipa, Guy Gavriel Kay nous donne à voir un roman riche en anecdotes et points historiques qui nous offre un panorama sensationnel et caché de la Chine du VIIIe siècle. 

mardi 23 mai 2017

Une update de ma PàL de Mai !


Le Mois de la Fantasy #2 Ma PàL de Mai (update)


Ma PàL de Mai spécialement conçue pour le Mois de la Fantasy a connu quelques revirements et manipulations bienheureuses puisque j’ai souvent apprécié voire carrément adoré les livres en question !
J’avais donc choisi le format « modéré » qui permet aux lecteurs moyens, aux personnes-pas-trop-surbookées-mais-quand-même et aux grignoteurs ayant de l’appétit de lire 5 livres de fantasy dont 2 adultes.

J’ai d’abord commencé mon challenge avec Déracinée de Naomi Novik pour lequel j’ai eu un gros gros coup de coeur.


Voici le résumé de ma chronique : un livre one shot (rare en fantasy) coup de coeur qui mélange le conte merveilleux et la fantasy de manière extraordinaire et qui me laisse, pourtant une semaine après, des étoiles plein les yeux.
Pour en savoir plus n’hésitez pas à vous rendre sur l’article en question ;)


Ensuite j’ai terminé une belle brique : La Geste du Sixième Royaume d’Adrien Tomas qui, bien que classique, ne m’a pas laissée souffler du début jusqu’à la fin entre surprise perpétuelle et rebondissements impromptus.


Résumé de la chronique : un roman qui, sans réinventer le genre, récupère avec brio des traits classiques de l’épopée fantasy pour nous servir un duel mondial haut en couleurs.


Par la suite je me suis attaquée au premier tome de L’Archipel des Numinées de Charlotte Bousquet Arachnae, que j’avais en numérique et plusieurs fois abandonné au profit de livres papiers. Grosse erreur ! J’ai non seulement littéralement dévoré le premier tome mais aussi les deux suivants !


Le petit résumé de ma chronique sur les trois tomes : Charlotte Bousquet possède une écriture qui m’a littéralement transportée et c’est sans doute pour ça que ma chronique est en grande partie basée dessus. Cette saga s’inscrit donc sans problème dans mes « petites perles » !


J’ai également lu Métamorphoses de Samantha Bailly que je n’ai pas encore chroniqué parce qu’il me semblait important de chroniqué d’abord Oraisons dont découle Métamorphoses. Ce que je n’ai pas encore fait… Par contre je peux d’ors et déjà vous dire que l’auteure a univers saisissant qui mélange innocence et ténèbres avec brio dans une trame scénaristique très intéressante mélangeant politique, voyage et amours.


Ma petite PàL s’élève donc à 6 livres lus dont 5 adultes ! J’ai donc déjà fini et dépassé mon challenge « modéré ». Je m’attaque au format dévoreurs avec deux derniers livres :

Le diptyque Les Chevaux célestes de Guy Gavriel Kay

Guy Gavriel Kay est un écrivain canadien spécialisé dans l’heroic fantasy, qui a notamment participé à la rédaction de Silmarillon avec le fils de Tolkien. Il a la particularité d’écrire de la fantasy historique, c’est-à-dire qu’il développe un univers imaginaire fortement inspiré d’une réalité historique.
Les Chevaux célestes et Le Fleuve céleste ont tous les deux été publiés chez les éditions L’Atalante, une maison d’édition nantaise spécialisée dans les écritures de l’imaginaire.

Les Chevaux célestes (656p. / 2014)


« On donne à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donne quatre ou cinq pour l'élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l'élite - et lui valoir la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montent les chevaux des steppes. L'impératrice consort du Tagur venait de lui accorder deux cent cinquante chevaux célestes. À lui, Shen Tai, fils cadet du général Shen Gao, en reconnaissance de son courage, de sa dévotion et de l'honneur rendu aux morts de la bataille du Kuala Nor. On me tuera pour s'en emparer. On me réduira en charpie pour mettre la main sur ces chevaux avant même que j'aie regagné la capitale. » Deux cent cinquante sardiens, introduits par son entremise dans un empire qui éprouvait pour ces montures un désir insatiable, qui gravait à leur image des blocs de jade et d'ivoire, qui associait les mots de ses poètes au tonnerre de leurs sabots mythiques. Le monde vous offre parfois du poison dans une coupe incrustée de pierreries, ou alors des présents stupéfiants. Il n'est pas toujours facile de distinguer l'un de l'autre. »

Le Fleuve céleste (704p. / 2016)


« Restaurons la gloire passée de la Kitai,
Reprenons nos fleuves et nos montagnes
Et offrons-les en tribut loyal à notre auguste empereur.

Voici l’histoire de Ren Daiyan, le fils d’un obscur archiviste d’une lointaine province de la Kitai. Il rêve de victoires et d’exploits ; il rêve de restituer à l’empire les Quatorze Préfectures tombées aux mains des barbares. Un long cheminement l’attend, mais vers quel destin ?
Car la glorieuse Kitai d’antan n’est plus et les cavaliers des steppes du Nord menacent son intégrité, sous le gouvernement de l’empereur Wenzong, mélancolique esthète, et d’une cour déchirée par des factions en conflit permanent que seule unit la crainte d’un coup d’État militaire.
C’est aussi l’histoire de Lin Shan, l’enfant unique d’un gentilhomme de la cour, cultivée plus qu’il n’est convenable à une femme. Si elle scandalise les bien-pensants, elle charme l’empereur par ses talents de poétesse. Farouchement indépendante mais bridée par sa condition, elle est l’image même d’une civilisation suprêmement raffinée mais en crise.

Je ne puis empêcher les feuilles de tomber.

Car c’est enfin l’histoire d’un monde qui s’apprête à basculer sous les étoiles du Fleuve céleste. »


Une chouette découverte accompagnée de chouettes couvertures qui me donnent bien envie de m’y plonger ! 

Une fois ces deux dernières lectures terminées un petit bilan s'imposera ;) d'ici là, portez vous bien !

jeudi 18 mai 2017

Une plume remarquable : poétique, sensible, cruelle.


L’Archipel des Numinées (T1-3), de Charlotte Bousquet


L’Archipel des Numinées, paru entre 2013 et 2014 aux éditions Mnémos est finalement la quatrième œuvre que je lis pour le challenge après Déracinée de Naomi Novik, La Geste du Sixième Royaume d’Adrien Tomas et Métamorphose de Samantha Bailly. C’est une trilogie comprenant : Archnae, Cytheriae et Matricia.

Trois cités. Trois femmes. Trois destins. Arachnae, Cytheriae et Matricia, sujettes à tous les maux du monde, percluses de souffrance, de haine et de vengeance, sont gangrenées par la soif de pouvoir et la peur de l’inconnu. Des pavés essaimant des cadavres, des sectes et des bordels, des monstres, des dévoreurs de chairs, des boîtes à musique… et toujours, cette incroyable roue du destin tissée par la Triple Déesse qui décide du sort de chacun.

Charlotte Bousquet trace de sa plume élégante, poétique et terriblement sombre le portrait d’une humanité au bord du précipice, au bord du mal absolu, Kebahil, qu’un rien peut faire basculer. L’univers, terriblement glaçant, nous plonge peu à peu dans une espèce de fascination morbide pour ses hommes qui se débattent. On peut y reconnaître sans la moindre interrogation un ancrage fort dans la dark fantasy. Pourtant malgré ce cadre pervers ce sont des personnages féminins passionnants, intrépides et très vivaces qui donnent voix à la paix, à l’humanité.

Son écriture, très fluide, nous donne tout le loisir d’apprécier chaque avec scène avec de nombreux adjectifs et synonymes me procurant enfin le plaisir de lire sans répétition !
Ce qui m’a le plus marquée c’est la profusion de détails que l’auteure nous fournit : cadavre, sang, mort… avec cependant une pudeur face aux relations sexuelles laissant le loisir de s’imaginer ces scènes d’amour ou de politique.
Ce contraste est d’ailleurs assez remarquable quand on y pense, entre le macabre et la joie, la vengeance et l’amour, etc. Ces petites touches d’humanité toutes en pudeur, en discrétion les rendent à la fois plus précieuses et le récit plus prenant.

Résumé des 3 romans

Arachnae

Théodora est choisie par la Triple Déesse pour une destinée dont elle ignore tout. Son instinct, et son don qui lui permettent tour à tour d’échapper à la mort et d’accorder sa confiance, la poussant à enquêter sur des meurtres d’enfants. A cela viennent s’ajouter jeux de cour et de pouvoir. Et Kébahil bien sûr, l’être innommable à qui sont sacrifiés, donner en pâture ces enfants innocents.

Cytheriae

Nola est écrivaine publique. Son rôle ? Écouter, conseiller, concevoir poèmes d’amour ou lettres de deuil. Pourtant elle a l’impression d’être qu’une coquille vide que les douleurs des autres font vivre dans cette cité qui se meurt. Des créatures, goules et lamias, hantent les quartiers les plus éloignés, un monstre tentaculaire avale tout sur son passage et un homme, rongé par les remords et l’envie de revoir sa bien-aimée marchande des âmes avec Kebahil. Nola et son maant, Angelo di Lorini, nécromant, méprisé par ses pairs mènent leur enquête. Celle-ci commence réellement avec un mystérieux manuscrit, celui de Maletesta. Prince. Bête. Monstre. Ou Héro ?

Matricia

La peste a rongé la ville contaminant tout et tout le monde. Les goules, les lamias et les créatures les plus immondes y ont élu domicile. La présence de Kebahil y est plus forte que jamais, se rassasiant des souffrances des victimes de la pestilence. Dionisia ne veut accomplir qu’une seule chose : sa vengeance, sa croisade, son Jihad. Venger une mère qui ne l’aimait pas d’une famille qui l’a détruite. Venger son époux d’un père qui ne la connaît pas.
Angelo y fait également une brève apparition. Un seul objectif final à obtenir : détruire Kebahil.

Les trois romans ont tous une trame commune mais sinon leur construction-même est différente c’est ce qui les rend tous uniques et complémentaires. Si le premier se construit comme une enquête, le second, s’il en garde la substance, acquiert aussi en poésie et en délicatesse avec une certaine forme épistolaire.
Le troisième, mon préféré, se glisse parfaitement dans le rôle du « dernier tome », the last one but not least. Monté comme un combat de carte, il plonge dans les souvenirs de Dionisia, des plus macabres aux plux heureux. La formule est très bien construite du « je » du souvenir au « il » et « elle » de l’omniprésence.

Enfin les extraits de poésie, pièces de théâtre, musiques, lettres, journaux intimes cultivent les romans. Il s’entremêlent facilement au récit initial, imprégnant un peu plus le lecteur de ce monde sombre et grisant à la fois. Ils le rendent plus puissant, plus complet, plus intense à la fois.


En résumé : Charlotte Bousquet possède une écriture qui m’a littéralement transportée et c’est sans doute pour ça que ma chronique est en grande partie basée dessus. Elle s’inscrit donc sans problème dans mes « petites perles » !  

lundi 15 mai 2017

Une épopée fantasy classique qui cache de nombreuses pépites !


La Geste du sixième royaume, de Adrien Tomas



La Geste du sixième royaume, paru aux éditions Mnémos est le second roman (première chronique ici) que j’ai choisi pour le Moisde la Fantasy. Après un coup de coeur pour Déracinée je ne pouvais pas recommencer de sitôt. C’est toutefois une très bonne lecture dont le concept plutôt classique m’a beaucoup plu !

Les Cinq Royaumes : des nations turbulentes et ambitieuses souvent en guerre. Au coeur des terres, un sixième royaume : la Grande Forêt légendaire, impénétrable et hostile. Dans les maisonnées de Sélénir, dans les cases de Val ou dans les yourtes des nomades des steppes de Khara, le soir au coin du feu, on raconte aux enfants la légende suivante : tes rêves, tes cauchemars comme les créatures fantastiques des contes que tu aimes tant peuplent le sixième royaume.
Alors, pourquoi un baladin perdu, une belle sorcière aux terribles pouvoirs endormie depuis cinq cents années, un jeune voleur des rues amoureux, un demi-nain commerçant débonnaire et un homme-loup monstre de foire se retrouvent attirés par la Grande Forêt ?
Que découvriront-ils ? La fin d'un monde ? Le sang et les larmes ? L'amour et la tragédie ?
La Geste du sixième royaume raconte avec un rythme effréné les destinées de ces héros malgré eux, semées d'embûches, de pièges, de doutes, de découvertes incroyables et de magies insaisissables.

Deux entités, éternelles, immuables, que rien ne peut abattre se livrent une guerre sans merci depuis des siècles entraînant avec eux l’ensemble de la population des six royaumes : humains, nains, sylphes, elfes, enfants, guerriers, assassins, mages, sorcières, chamanes, tous se retrouvent à se battre sous une bannière.
Le concept est assez classique : Le Père et L’Autre (les deux entités) choisissent chacun cinq hérauts : la dame, la bête, le danseur, le chamane et l’empathe. Ainsi, Maev, Naorl, Llir, Moineau et Corius se retrouvent face à Taeni, Irian, Saphriel, Orgoth et Aldhuain. Deux personnages viennent s’y rajouter de chaque côté : surnommée « la Fille » Lilthyn du côté du Père et Seva du côté de l’Autre.
Le Père est ancré au Sixième Royaume, entité invisible il communique avec le monde grâce à sa Fille. Il est le protecteur des dragons, elfes, sylphides, dryades et autres créatures étranges, il est à l’origine des contes et légendes et peuplent les rêves des hommes. L’Autre est encore plus diffus, insaisissable communiquant cependant avec l’ensemble de ses hérauts : il est l’incarnation du progrès, de l’évolution, d’une nouvelle ère.
Aucun des deux n’est foncièrement mauvais, ils existent. Du moins c’est comme ça que ça aurait dû se passer mais l’auteur choisit de prendre partie pour le Père dès le début en nous faisant commencer le récit avec les points de vue de ses hérauts avant qu’ils ne comprennent qui ils sont.

Incapables d’échapper à la puissante attraction qui les relie au Père, ils se retrouvent tous au sein de la forêt du Sixième Royaume et finissent par se découvrir et s’apprivoiser. Cependant tout n’est pas aisé, il y a des dissensions entre ces personnes qui viennent de milieux différents mais aussi entre le Père et ses hérauts, ces derniers ne comprenant pas toujours pourquoi ils se retrouvent embarqués dans cette Histoire. Et entre l’Autre et les siens, dont la communication plus fluide permet aussi des punitions plus douloureuses…
De plus, il existe de nombreuses Règles : la principale est que chaque héraut doit tuer son opposé, pour les autres il est immortel. Ainsi Maev doit tuer Taeni ou être tuée par elle. Cependant, dès que Taeni ou Maev meurent, elles deviennent mortelles et peuvent être tuées par n’importe qui. Alors quand une Déesse un peu folle et bien décidée à se venger des voisins de son peuple vient semer la zizanie sur le plateau…
On se croirait dans un jeu à la Donjons&Dragons non ? Ou bien un jeu d’échec…
C’est ce côté très classique des jeux de plateaux que j’ai adoré retrouver dans ce roman. Cependant je comprends aussi que cela puisse rebuter certains : trop vu, trop entendu. 

Si les nombreux chapitres peuvent choquer du fait de l’abondance de personnages (sans parler des secondaires) on est tout de même loin des innombrables locuteurs de la Horde du Contrevent. Ainsi chacun obtient une place légitime et si certains d’entre eux auraient sans doute mérités d’être développés Adrien Tomas a tout de même fourni un travail important de caractérisation.

On se retrouve d’ailleurs si proche de certains d'entre eux que l'on finit par apprécier ceux qui nous paraissaient les plus abjects ! De plus si certains tandems se détestent au plus haut point, d’autres s’aiment et se connaissent de longue date… Comment tuer celui ou celle que l’on a aimé ? Peut-on refuser d’obéir à un être immortel ? Doit-on mourir pour une cause qui nous paraît juste ? Peut-on échapper à son destin ?
Peut-on se rallier à un homme que l'on déteste au plus haut point pour détruire l'inconnu ?

De bout en bout vous serez aussi bien surpris que dégoûté par certains personnages, soulagé ou au contraire attristé. Tout ce que je peux vous certifier c’est que la fin, elle, va sans doute vous étonner ! ;)

En résumé : un roman qui, sans réinventer le genre, récupère avec brio des traits classiques de l’épopée fantasy pour nous servir un duel mondial haut en couleurs. 

mardi 9 mai 2017

Mon livre coup de coeur du mois de Mai !



Déracinée, de Naomi Novik


Déracinée, paru début 2017 aux éditions Pygmalion est le premier roman que j’ai choisi pour le Mois de la Fantasy. Premier livre, premier coup de coeur. Une bonne adéquation je trouve ;)

Patiente et intrépide, Agnieszka parvient toujours à glaner dans la forêt les baies les plus recherchées, mais chacun à Dvernik sait qu’il est impossible de rivaliser avec Kasia. Intelligente et pleine de grâce, son amie brille d’un éclat sans pareil. Malheureusement, la perfection peut servir de monnaie d’échange dans cette vallée menacée par la corruption.
Car si les villageois demeurent dans la région, c’est uniquement grâce aux pouvoirs du « Dragon ». Jour après jour, ce sorcier protège la vallée des assauts du Bois, lieu sombre où rôdent créatures maléfiques et forces malfaisantes. En échange, tous les dix ans, le magicien choisit une jeune femme de dix-sept ans qui l’accompagne dans sa tour pour le servir.
L’heure de la sélection approche et tout le monde s’est préparé au départ de la perle rare.
Pourtant, quand le Dragon leur rend visite, rien ne se passe comme prévu…

Inspiré d’un conte polonais et des nombreuses histoires que les aïeules de Naomi Novik pouvaient bien lui raconter, ce roman a tout du récit merveilleux, tantôt tendre tantôt monstrueux, à raconter à ses enfants au coin du feu, une nuit d’hiver. Il reprend plusieurs codes communs à de nombreuses légendes : un village, une tour, un « dragon », un sacrifice régulier, une jeune fille admirable prisonnière, des forces obscures… On oscille dangereusement entre mythologie et conte merveilleux et on se demande où l’auteure veut nous emmener avec ces « clichés ».

Pourtant dès le départ on s’en éloigne sensiblement avec une héroïne pas comme les autres. Ce n’est non pas la ravissante Kasia mais bien Agnieszka, qui ne sait ni cuisiner, ni paraître présentable (il faut dire que ce n’est pas de sa faute si l’auteure la faite gauche et maladroite !) qui est choisie par le Dragon. Elle, qui s’était toujours préparée au départ de sa meilleure amie, qui avait maudit ce « Dragon » et sa tour inaccessible, se retrouvait prisonnière, livrée à son regard dépréciateur, ses remarques acerbes et à son comportement hautain sans même avoir le temps de dire « ouf ».
C’est donc à travers ses yeux, ceux d’une adolescente de 17 ans, que nous commençons à comprendre l’univers dans lequel se trouve le roman entre tensions familiales, guerres géo-politiques, magie et potion.
« Le Dragon », ou Sarkan, personnage énigmatique à l’origine de tout ce bazar apparaît d’abord comme une personne très antipathique, exaspéré d’un rien, loin des Merlin l’enchanteur et autres maître magiciens habituels. C’est le regard incrédule de sa compagne, bien décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds qui l’humanisera peu à peu le rendant à la fois plus accessible...et plus attirant.
(Oui il y a de la romance ! Mais ce n’est vraiment pas le point le plus important de ce roman, bien au contraire, alors surtout, les dégoûtés de l’amour ne vous arrêtez pas là!)

Dans cette trame gigantesque où tous sont des pions de la Reine-Bois, l’amour et l’amitié sont autant d’amis que d’ennemis. A contrario c’est la relation presque fraternelle entre Agnieszka et Kasia qui sera le véritable leitmotiv de ce roman.

Si la relation entre Sarkan et Agnieszka ne cesse de changer, fluctuant au grès des catastrophes, celle qu’entretien les deux jeunes filles semblent être à toute épreuve.
Dès le départ, si ce n’est dès les premiers pas de nos deux protagonistes, chacune se prépare à la douleur de la séparation. Leur amitié devient alors le moteur de l’action, sauver Kasia oblige la jeune apprentie à se surpasser et à entraîner son maître récalcitrant dans des aventures complètement folles.

Si j’ai apprécié le caractère bien trempé d’Agniezska mêlé à ses questionnements d’adolescente, et si l’amitié entre les deux jeunes filles est tellement belle que certains d’entre nous devraient prendre exemple, ce ne sont pas sur ces deux points que mon coup de coeur s’opère.

En effet, le roman ne nous laisse pas une seconde de répit, que ce soit des malheurs d’Agniezska à son passage éclair à la cour en passant par l’apprentissage de sortilège ; chaque page est un florilège d’actions, d’interrogations, d’avancées nous menant progressivement -mais sûrement !- vers la résolution de l’énigme. L’écriture, très fluide, sans fioritures, nous porte de page en page et on se délecte de chacune d’entre elles. Je ne pouvais littéralement pas me détacher de ce livre !


En résumé : un livre one shot (rare en fantasy) coup de coeur qui mélange le conte merveilleux et la fantasy de manière extraordinaire et qui me laisse, pourtant une semaine après, des étoiles plein les yeux.

lundi 1 mai 2017

Les Gardiens de la Galaxie vol.2, un film dithyrambique, fun et bourré de bonnes ondes !



Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn



J’avais déjà énormément apprécié le premier opus avec ses scènes d’action sensationnelles, son humour décapant et ses personnages légèrement stéréotypés. En ce dimanche pluvieux le second opus a permis une sortie familiale agréable avec de nombreux rires dans l’assistance, et pour cause ! Les Gardiens de la Galaxie vol.2 fait presque mieux que le premier en donnant voix à des personnages auparavant peu exploités, une bande originale encore une fois très réussie et une explosion de bonne humeur, de fraîcheur.
La première scène avec Bébé Groot en est d’ailleurs une excellente démonstration en plus d’être un parallèle avec la première scène des Gardiens de la galaxie où on voyait Quill danser nonchalamment. Impossible de ne pas s’attendrir !

Alors bien sûr on retrouve dès le départ Peter Quill (Chris Pratt), Gamora (Zoe Saldana), Drax le Destructeur (David Bautista), Rocket et Bébé Groot. Mais d’autres personnages refont leur apparition, participant à la trame narrative du film, comme Nébula (Karen Gillan) la sœur de Gamora, ou encore Yondu Udonta (Michael Rooker) le ravageur qui a élevé Quill.



Tout cela pour de nouvelles aventures toutefois plus centrées sur le personnage de Quill puisqu’on y fera connaissance notamment avec son paternel. On sent aussi que James Gunn a tenté d’approfondir la personnalité de ses personnages avec des moments pathos en présence de Nébula/Gamora, Rocket, Yundu ou encore Drax qui est autrement plus sensible que la brute drôle et idiote qu’il laisse paraître.

On peut dire ce qu’on veut de ce film mais au moins n’a t-il pas la prétention de vouloir être ce qu’il n’est pas, dès les premières scènes le ton est donné : il y aura de l’humour, de belles images et de l’absurde, une véritable thérapie autrement plus original que nos films de comédie classique. Il a aussi la particularité, contrairement aux autres Marvel, de nous faire ressentir une profonde affection pour cette famille qui se cherche encore entre faux semblants et non dits. Les événements sont dictés cette fois non pas par le hasard mais bien par les liens qui les unissent, quelques unes sont subies mais la plupart sont provoquées par le comportement des uns et des autres et les super-vilains ne sont qu’une malheureuse...conséquence.

Alors oui, certains trouveront certaines scènes lourdes, et les disputes à n’en plus finir sur des détails pourront en exaspérer plus d’un tant elles apparaissent très – trop – fréquemment, d’autres encore trouveront les couleurs trop flashy dues à des scènes très numériques quand certains s’agaceront d’un trop plein de musique. Mais au moins tous pourront peut-être s’entendre sur le fait que ce film fait du bien, qu’il possède des scènes émouvantes (et oui j’ai lâché ma petite larme à la fin) et que Bébé Groot est véritablement trop mignon.



De plus les nombreux caméos (clins d’oeil) ponctuent le film : ainsi Stan Lee fait une brève apparition sur un bout de rocher entre les différents sauts spatio-temporels de Rocket - qui se conclura dans le générique -, on revoit les anciens Gardiens de la Galaxie transformés en Ravageur, etc. Avis aux connaisseurs de s’amuser à décrypter les différentes scènes du film ou bien à faire un détour sur la toile !

Pour finir, la production a été très généreuse avec cet opus puisque c’est pas moins de cinq scènes post-film qui ont été rajoutées aussi restez bien jusqu’à la fin ! Quant y en a plus y en a encore.

Un indice : le nom de Adam Warlock vous dit-il quelque chose ?


En résumé : un film qui, s’il n’a pas la prétention de se classer parmi les meilleurs films de tous les temps, a au moins réussi le pari de faire mieux que le premier opus qui avait déjà été très agréablement accueilli par le public.