jeudi 27 avril 2017

Le Mois de la Fantasy #2 Ma PàL de Mai


Que choisir, que choisir...?


En inconditionnel de l’héroic fantasy et plus largement des littératures de l’imaginaire (mais si vous venez souvent sur mon blog vous devez vous en être rendu compte), je ne pouvais pas ne pas participer au challenge de Pikiti Bouquine organisé sur Facebook « Le Mois de la Fantasy » dont j'ai parlé dans un article élucidant le mystère autour de fantastique/fantasy.

Il se déroule du 1er au 31 mai et présente trois formats :
- le format « grignoteur » qui consiste à la lecture de 3 livres fantasy dont 1 adulte, réservé aux petits lecteurs, personnes surbookées, découvreurs de genre etc.
- le format « modéré » qui permet aux lecteurs moyens, aux personnes-pas-trop-surbookées-mais-quand-même et aux grignoteurs ayant de l’appétit de lire 5 livres de fantasy dont 2 adultes.
- et enfin le format « dévoreurs », pour les férus de lecture, les mangeurs de mots, ou bien ceux qui ont une PàL énorme qu’il faut bien vider, qui demande de lire 7 livres dont 3 adultes.

Mais dans quel format vais-je bien pouvoir aller ? D’une part je suis une grande fana de fantasy ce serait donc trop bête de ne lire que trois livres dans le mois, mais d’autre part je me suis déjà fait avoir plusieurs fois en ayant les yeux plus gros que le ventre… Vous avez deviné je suppose, me voici donc dans le menu « modéré ».

Pour ma PàL je ne voulais pas relire de romans (alors que j’en ai énormément qui me font de l’oeil) mais bien en découvrir de nouveaux sortant des classiques Tolkien, Robin Hobb, David Eddings, Feist et autres romanciers super intéressants. A la fin de cet article paraîtra d’ailleurs une short-list des séries que j’ai trouvé génialissimes.

Passons à ma PàL du mois de mai et par là même du mois de la Fantasy !


Le diptyque Les Chevaux célestes de Guy Gavriel Kay

Guy Gavriel Kay est un écrivain canadien spécialisé dans l’heroic fantasy, qui a notamment participé à la rédaction de Silmarillon avec le fils de Tolkien. Il a la particularité d’écrire de la fantasy historique, c’est-à-dire qu’il développe un univers imaginaire fortement inspiré d’une réalité historique.
Les Chevaux célestes et Le Fleuve céleste ont tous les deux été publiés chez les éditions L’Atalante, une maison d’édition nantaise spécialisée dans les écritures de l’imaginaire.

Les Chevaux célestes (656p. / 2014)



« On donne à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donne quatre ou cinq pour l'élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l'élite - et lui valoir la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montent les chevaux des steppes. L'impératrice consort du Tagur venait de lui accorder deux cent cinquante chevaux célestes. À lui, Shen Tai, fils cadet du général Shen Gao, en reconnaissance de son courage, de sa dévotion et de l'honneur rendu aux morts de la bataille du Kuala Nor. On me tuera pour s'en emparer. On me réduira en charpie pour mettre la main sur ces chevaux avant même que j'aie regagné la capitale. » Deux cent cinquante sardiens, introduits par son entremise dans un empire qui éprouvait pour ces montures un désir insatiable, qui gravait à leur image des blocs de jade et d'ivoire, qui associait les mots de ses poètes au tonnerre de leurs sabots mythiques. Le monde vous offre parfois du poison dans une coupe incrustée de pierreries, ou alors des présents stupéfiants. Il n'est pas toujours facile de distinguer l'un de l'autre. »



Le Fleuve céleste (704p. / 2016)



« Restaurons la gloire passée de la Kitai,
Reprenons nos fleuves et nos montagnes
Et offrons-les en tribut loyal à notre auguste empereur.

Voici l’histoire de Ren Daiyan, le fils d’un obscur archiviste d’une lointaine province de la Kitai. Il rêve de victoires et d’exploits ; il rêve de restituer à l’empire les Quatorze Préfectures tombées aux mains des barbares. Un long cheminement l’attend, mais vers quel destin ?
Car la glorieuse Kitai d’antan n’est plus et les cavaliers des steppes du Nord menacent son intégrité, sous le gouvernement de l’empereur Wenzong, mélancolique esthète, et d’une cour déchirée par des factions en conflit permanent que seule unit la crainte d’un coup d’État militaire.
C’est aussi l’histoire de Lin Shan, l’enfant unique d’un gentilhomme de la cour, cultivée plus qu’il n’est convenable à une femme. Si elle scandalise les bien-pensants, elle charme l’empereur par ses talents de poétesse. Farouchement indépendante mais bridée par sa condition, elle est l’image même d’une civilisation suprêmement raffinée mais en crise.

Je ne puis empêcher les feuilles de tomber.

Car c’est enfin l’histoire d’un monde qui s’apprête à basculer sous les étoiles du Fleuve céleste. »

Une chouette découverte accompagnée de chouettes couvertures qui me donnent bien envie de m’y plonger !


Le diptyque Une braise sous la cendre de Sabaa Tahir

Sabaa Tahir est une jeune auteure américaine de deux romans fantasy young adult salués par la critique notamment Une braise sous la cendre sorti en 2015 et qui est resté un moment sur la liste des best-sellers du New York Times. Il a été publié en France chez la maison d’édition Pocket Jeunesse.

Une braise sous la cendre (528p. / 2015)



« Laia est une esclave.
Elias est un soldat.
Aucun d'entre eux n'est libre.
Sous l'Empire Martial, la défiance est synonyme de mort. Ceux qui ne dédient pas leur sang et leur corps à l'Empereur risquent l'exécution des personnes qu'ils aiment et la destruction de tout ce qui leur est cher.
C'est dans ce monde brutal, inspiré de la Rome ancienne, que Laia vit avec ses grands-parents et son frère aîné. Sa famille survit comme elle peut dans les allées sombres et pauvres de l'Empire. Ils ne défient pas l'Empire. Ils ont vu ce qui arrive à ceux qui osent le faire.
Mais quand le frère de Laia est arrêté pour trahison, Laia doit prendre une décision. En échange d'aider les rebelles qui ont promis de secourir son frère, elle doit risquer sa propre vie pour jouer les espionne à l'intérieur même de la plus grande académie militaire de l'Empire.
Là-bas, Laia rencontre Elias, le soldat le plus doué de l'école - et secrètement, le plus réticent. Elias ne veut qu'une chose : se libérer de la tyrannie qu'il se doit d'appliquer de par sa formation. Lui et Laia réalisent rapidement que leurs destinées sont étroitement liées, et que leurs choix pourraient bien changer le sort même de l'Empire. »

Une flamme dans la nuit (544p. / 2016)



« Elias a toujours voulu quitter Blackcliff pour enfin devenir libre. Mais ce rêve a un prix : Laia, une jeune résistante, lui permettra de fuir s'il l'aide à faire évader son frère, enfermé dans la pire prison de Blackcliff. Malgré le risque, Elias n'hésite pas une seconde et décide de forcer le destin. Traqués par les Martiaux, les fugitifs ignorent que ce voyage les conduira jusqu'au coeur de l'Empire, où des dangers plus périlleux encore les attendent... »


Mais où sont passés les auteurs français...ah les voilà !

Métamorphoses, de Samantha Bailly
(528p. / 2014)



Samantha Bailly est une auteure qui a la particularité de voguer entre les genres avec une aisance remarquable passant du fantasy avec Oraisons et Métamorphoses aux romans jeunesse contemporains avec Ce qui nous lie, Lignes de vie ou encore Les stagiaires.
J’ai déjà lu l’intégrale d’Oraisons des éditions Bragelonne auparavant qui démontre un univers riche, varié et surtout neuf. La quête d’Aileen, pavée d’embûches, est sublime aussi bien en terme d’aventure, de romance que de fantasy mais c’est aussi une quête humaine entre deuil, évolution du personnage et perte de l’enfance au profit petit à petit de la maturité. Je n’ai pas lâché ce roman du début à la fin. Métamorphoses se passe dans le même univers : Hélderion.

« La vie de Sonax, jeune garçon au physique androgyne intriguant, bascule lorsqu il quitte le domicile familial pour devenir acteur de théâtre. Il ignore alors à quel point il va devoir apprendre à jouer un rôle en permanence car, entraîné dans des intrigues politiques qui le dépassent, il va se trouver changé en Polymorphe, un être capable de modifier son apparence à volonté. »


Le Sang des 7 Rois, livre premier, de Régis Goddyn
(416p. / L’Atalante)



J’ai découvert cet auteur au salon du livre de Paris en 2016 sur le stand des éditions l’Atalante. Un grand sourire, une conversation agréable et de superbes dédicaces. J’ai offert le premier tome de la série à mon père qui a commencer à la continuer par la suite (peut-être le tome 2 et 3 s’ajouteront à la PàL mais pour le moment…).
Régis Goddyn est donc professeur d’arts plastiques à l’université d’Amiens et c’est sur le trajet qu’il commence à lire de la Fantasy puis à écrire Le Sang des 7 Rois, une heptalogie achevée en 2016. Vous pouvez donc y aller sans risque chers lecteurs, la série est terminée !

« Deuxième jour de traque. Depuis le départ du château, la pluie n'a pas cessé de tomber. Je profite d'une roche en surplomb pour abriter le journal et écrire ce premier compte-rendu. Arrivés sur les alpages, nous avons suivi la crête pour trouver des indices. Rien ne nous avait préparés à ce que nous avons trouvé là. Un autre campement avait été édifié à cinquante pas à vol d'oiseau du premier et tout indique qu'alors que nous pensions notre retard considérable, ses occupants s'en étaient allés quelques heures auparavant. »


La Geste du Sixième Royaume, d’Adrien Tomas (656p. / Mnémos)



Je n’ai que très peu d’informations sur le personnage mais ce roman a été largement applaudi par le grand public et le Prix Imaginales 2012 lui a été décerné. Il a été réédité en 2015 dans une édition anniversaire avec la nouvelle « quarante-huit pour cent ». Je sais qu’il se distingue notamment par un style inspiré du RPG et des quêtes médiévales manichéennes avec des points de vue très saccadés. J’espère ne pas me perdre !

« Les cinq royaumes : des nations turbulentes et ambitieuses souvent en guerre. Au coeur des terres, un sixième royaume : la Grande Forêt légendaire, impénétrable et hostile. Dans les maisonnées de Sélénir, dans les cases de Vale ou dans les yourtes des nomades des steppes de Khara, le soir au coin du feu, on raconte aux enfants le conte suivant : tes rêves, tes cauchemars, comme les créatures fantastiques des histoires que tu aimes tant peuplent le Sixième Royaume.
Alors, pourquoi un balladin perdu, un belle sorcière aux terribles pouvoirs endormie depuis cinq cents années, un jeune voleur des rues amoureux, un demi-nain commerçant débonnaire et un homme-loup monstre de foire se retrouvent-ils attirés par la Grande Forêt ?

Que découvriront-ils ? La fin d’un monde ? Le sang et les larmes ? L’amour et la tragédie ? »


Et voilà pour ma PàL déjà bien remplie avec 7 romans de fantasy dont 4 adultes. Je garde d'autres romans en réserve dont quelques uns de Feist, Brandon Sanderson, ou encore Alain Damasio si certains ne m'inspirent plus à la dernière minute... ou si j'ai terminé !

Voici aussi, comme promis, une sélection rapide des sagas que je possède et qui m'ont littéralement envoûtée : 

Adultes : 

Les Bannits et les Proscrits de James Clemens

Kushiel, de Jacqueline Carey

Le chant de la Belgariade, Le chant de la Mallorée, La trilogie des joyaux, La trilogie des périls de David Eddings

Chroniques du tueur de Roi, La Musique du silence de Patrick Rothfuss

Oraisons de Samantha Bailly

La trilogie du Magicien Noir, Chroniques du Magicien noir et L'Âge des cinq de Trudi Canavan

La Guerre de la faille, La Trilogie de l'empire, Le Legs de la faille de Raymond E. Feist

Fils des Brumes tome 1 à 3 de Brandon Sanderson

YA/Jeunesse : 

Chroniques du monde émergé, Guerres du monde émergé de Licia Troisi

Les Chevaliers d'Émeraude d'Anne Robillard

Les Fiancés de l'hiver, Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos

Six of Crows de Leigh Bardugo

Bon et puis etc, etc. parce que j'en ai tout de même lu pas mal et faire une liste serait vraiment très long quoique très intéressant, je le ferais peut-être à un moment ou un autre...
Toujours est-il que si vous voulez que je chronique en particulier l'un de ces romans n'hésitez surtout pas ! 

Et sur ce bonne lecture ! ;) 



jeudi 20 avril 2017

Le mois de la fantasy #1


Mais ce livre, là, il est fantasy ou fantastique ?


Le mois de la fantasy, initié par Pikiti Bouquine, Bootubeuse de son état, sur Facebook a pris une ampleur considérable quand trois cent personnes s’y sont inscrites par recommandations, ouï dires et autres commérages. Il consiste en la lecture d'un genre unique, la littérature fantasy, pendant un mois du 1 au 31 mai.
Petit à petit les questions ont commencé à fuser : comment définit-on le genre « fantasy » ? Comment le différencier des autres genres : fantastique, science-fiction, dystopies, anticipation ? Comment différencier ses sous-genres : héroic fantasy, dark fantasy, fantasy historique etc. ? Autant de questions que se posaient les internautes jour après jour, et où chacun tentait de donner une définition, de corriger des PàL par ci par là, donner des centaines d'exemples non exhaustifs etc.
J’ai décidé, étant donné que je fais tout de même une catégorie à part entière sur ce blog consacré à la littérature de l’imaginaire qu’il était grand temps pour moi d’expliquer comment je classe mes romans et pourquoi, apportant donc ma pierre à un édifice déjà bien construit.

Quelles sont les caractéristiques que l’on rencontre le plus souvent dans le genre fantasy ?
Je cite ici un personnage tout à fait singulier, mon père : « s’il y a des dragons, des nains, des géants et des elfes pour moi c’est de la fantasy ». Ah, notre cher Tolkien n’y est sans doute pas pour rien puisqu’il a marqué à lui seul des générations entières, films et romans compris. Mais que faites-vous d’Harry Potter ? Des créatures surnaturelles aussi s’y mêlent semant bien souvent la zizanie si on se réfère aux Créatures Fantastiques, dernier box office de la saga culte. Elles ne sont donc pas, à elles seules, des clés pour déchiffrer le monde complexe de la Fantasy.
Finalement la caractéristique principale et peut-être l’unique caractéristique à laquelle se référer ce serait le changement d’univers. Théologies, cartes, créatures, peuples, histoires, tout change pour laisser place à une terre fertile en imagination et légende. Attention, l’ensemble de l’intrigue doit s’y dérouler aussi ne comptez pas La quête d’Ewilan ou la bit-lit comme faisant partie du genre Fantasy !

Fantastique & Fantasy les faux amis de la littérature de l’imaginaire
Et oui, ces deux genres sont souvent les plus confondus, en démontre le nombre incalculable de Piles à Lire qui arboraient fièrement un premier tome des Outrepasseurs, de La quête d’Ewilan ou d’Outlander, des séries appartenant au genre fantastique, fort bien soit dit en passant et que je ne tarderai certainement pas à chroniquer.
Comme je le disais plus haut la grande différence tient en une seule chose : l’univers mais vous allez voir que cela est contestable quand on rentre un peu plus en profondeur dans la littérature fantasy.
Dans le genre fantastique, l’histoire se déroule ou commence sur Terre, une Terre que nous connaissons ou très peu éloignée de la réalité. A cet univers connu vient s’ajouter des éléments surnaturels : un pas sur le côté emportant le personnage principal dans un monde parallèle dans La quête d’Ewilan, des sorciers qui se cachent parmi la population pour Harry Potter ou encore un déplacement temporel dans Outlander ; pour reprendre des exemples déjà utilisés. Au fur et à mesure d’un récit, il est possible que le roman se rapproche du genre Fantasy puisqu’il ne se passe plus que dans l’iréel mais ce ne sera pourtant pas le cas : il restera un roman à classer en fantastique.

Les sous-genres de la fantasy : ou comment briser des règles déjà établies et prendre la tête à des lecteurs voulant faire un challenge spécial Fantasy.
Le genre de la fantasy comprend plusieurs sous genres, je n’en citerai ici que quelques uns mais il en existe sans doute beaucoup d’autres.

Tout d’abord « l’héroic fantasy » et la « dark fantasy » qui parfois, entre eux, sont difficiles à cerner.
Le premier reprend des critères de chevalerie : une quête, des « chevaliers en armure », des valeurs telles que la bravoure et la loyauté, ils sont directement inspirés des récits de chevalerie et des légendes arthuriennes mais transposés dans un autre monde. On peut sans aucun doute placer les romans de David Eddings (Trilogie des Joyaux, Trilogie des Périls) dans cette catégorie. L’héroic fantasy est également un genre solitaire ou à groupe réduit de deux ou trois personnes où les personnages secondaires sont peu ou pas décrits n’étant là que pour faire avancer l’histoire ou créer des intrigues supplémentaires. Dans la Trilogie des Joyaux, Emouchet est clairement le personnage principal, les scènes qui se succèdent sont en grande majorité « tournées » si je puis dire avec lui.

Le second genre, « dark fantasy », s’il peut reprendre le premier est surtout beaucoup plus sombre, sauvage, brutal. On a souvent affaire à des personnages torturés ou dont l’esprit est singulièrement mauvais bien que le récit s’acharnera à nous prouver le contraire. Leur monde est souvent apocalyptique ou au bord de la destructions et les scènes de bataille y sont beaucoup plus présentes et sanglantes ; Le trône de fer de George RR. Martin en est un exemple parfait ! La fin finit rarement bien dans la dark fantasy, à voir ce que nous réserve l’auteur donc…
En opposition existe le sous-genre « light fantasy » qui contrecarre l’aspect sombre de la dark fantasy avec des situations comiques ou absurdes visant à faire rire le lecteur ; Terry Pratchett en est le maître incontesté avec Les Annales du Disque-Monde mais on peut aussi compter Lanfeust de Troy (la bande dessinée) de Christophe Arleston et Didier Tarquin.

Le troisième, la fantasy historique, est le plus compliqué à suivre et la vraie question est sans doute : mais pourquoi l’avoir appelé fantasy historique ?
Mais puisque tel est son nom autant l’identifier bien clairement et pourquoi pas lui chercher quelques excuses.
Le genre se caractérise par une reprise des éléments historiques telles que des guerres, des époques, souvent antérieures (sinon ils seraient nommé romans d’anticipation, de science-fiction voire des dystopies) avec une reprise du style et du phrasé d’une époque : Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel, chroniqué récemment répond bien à ses caractéristiques avec un univers ancré au temps de Richelieu, des phrases ampoulées et un style « cape et d’épée » tout particulier. Vous allez me dire : mais pourquoi est ce une littérature de l’imaginaire dans ce cas ? J’y viens !
La Fantasy historique agrémente nos propres histoires, pas si lointaines pour certaines avec des éléments surnaturels : dragons viennent ponctuer les romans de Pevel par exemple.
Seconde question, beaucoup plus intéressante et beaucoup plus complexe : dans ce cas pourquoi n’est-ce-pas du fantastique ?
Et bien… Je ne sais pas. C’est une question que je me suis moi-même posée à plusieurs reprises et ma seule réponse est : sans doute parce qu’on pourrait considérer ces « Terre » avec leur « HistoireBis » comme des mondes parallèles mais je comprends hélas que cela ne comble pas votre insatiable curiosité, ni la mienne !

N’ayant jamais lu de Fantasy Urbaine (à ma connaissance ou tout du moins clairement identifiée comme telle) je ne me risquerai pas à vous en donner une définition. D’ailleurs celles que j’ai faites auparavant ne sont pas exhaustives et relèvent plus de mon expérience avec les romans plutôt que d’une réelle recherche sur la toile !

Je pense qu’il faut aussi savoir accepter que tel ou tel roman ne puisse pas être classé et que c’est aussi ça qui fait son charme.

Je reprends également une définition bien sympathique de Sarah Penaranda, postée sur la page Facebook du groupe et qui est plutôt très proche de la réalité :

« On rentre à la maison. Si le chat miaule pour avoir à manger, on est dans du contemporain. Si le chat est un robot, c'est de la SF. Si le chat parle et qu'on est surpris, c'est du Fantastique. Si le chat nous raconte sa journée et qu'on n'est pas étonné c'est de la Fantasy »

lundi 10 avril 2017

Une chanson macabre à la plume incisive et récompensée



Chanson douce, Leïla Slimani (prix Goncourt 2016)




Les romans contemporains se prêtent assez bien à une lecture de voyage, fracturée, -tout du moins est-ce mon point de vue- voilà pourquoi sans doute l’ais-je commencé et fini dans un train entre Nantes et Les Sables d’Olonne.
J’avoue aussi n’avoir jamais lu auparavant de prix nationaux ne m’intéressant que de loin à ces choses là, désireuse de découvrir d’autres perles auxquelles les élites intellectuelles n’auraient pas pensé.
Cependant, après que maintes personnes m’aient dit « tu verras ce n’est pas un prix Goncourt comme les autres », j’ai décidé de tenter l’aventure Chanson douce, dont voici le résumé :

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer jusqu’au drame.

« La deuxième femme en cent treize ans » soulignant Françoise Chandernager, membre de l’Académie Goncourt. En effet, Leïla Slimani, franco-marocaine, se voit décerner le prix Goncourt 2016 pour son second roman après Dans le jardin de l’Ogre paru en 2014.
Dans Chanson douce, pas de tajine, pas de discours rocambolesque sur la condition de la femme, pas de critique directe ou de dénonciation comme on s’y attend d’habitude d’un roman écrit par une femme, qui plus est de couleur. Ici, il n’y a qu’une chanson funèbre et mélancolique, qu’une histoire issue d’un fait divers.
L’auteure nous offre plutôt deux portraits de femmes modernes et contemporaines. L’une, Myriam, se voit enfin offrir l’emploi de ses rêves après plusieurs années de femme au foyer : « ils me dévorent vivante se disait-elle » ; las de cette vie qui n’en finit plus et qui tourne en rond elle tente le tout pour le tout. L’autre, Louise, élégante, soigneuse, essaye vainement d’échapper aux dettes de son défunt mari et s’acharne à aimer des enfants qui ne sont pas les siens, vaincue par avance de ce déchirement qu’elle ressent, de cette impression d’être là sans être là, d’être une seconde mère sans l’être.

J’ai tout de suite apprécié le fait que l’auteure ne nous mente pas, ne nous mène pas en bateau. Contrairement à James Clemens qui annonçait en préambule des Bannits et les Proscrits « l’auteur est un menteur », Leïla nous offre une réalité cruelle dès les premières lignes : « Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert ».
Presque malgré nous, nous nous laissons entraînés dans cette mélodie sombre et macabre dont nous connaissons l’inéluctable fin. L’écriture, sèche, précise, comme des coups de ciseaux qui se teinte quelques fois d’une mélancolie passagère et poétique, se prête à merveille à un rôle quasi journalistique. Pièce par pièce nous rassemblons les morceaux, nous remontons les fils éparses pour comprendre, analyser ce qui vient de se passer.

Je me suis surprise à me prendre d’amitié et d’inimité pour l’une puis pour l’autre, les bons, les méchants disparaissant pour laisser place à des vérités douloureuses, des non-dits blessants. Doucement, comme de lointains échos, nous accumulons les notes discordantes dans ce désir si profond et si sincère de faire partie d’un tout, de tendre à la perfection familiale et professionnelle à notre société actuelle.

De manière générale c’est la plume de l’auteure, tantôt cruelle dans sa vérité, tantôt compatissante, sans pathos ni jugement, montrant plutôt que dénonçant, avec des phrases courtes, vives, incisives, qui m’a le plus séduite, ne me faisant lâcher le roman que pour noter certains passages dans mes carnets.

En résumé : une prose littéraire remarquable et un genre inclassable.

Ce roman sorti d’un fait divers américain jongle à la perfection avec les aspects socio-culturels, financiers, etc., nous livrant une trame sociale où l’amour, tantôt implacable, tantôt réconfortant se fait le théâtre d’événements qui vous prennent aux tripes.

jeudi 6 avril 2017

Heureusement que le Cardinal de Richelieu est gentil et que les dragons veulent s’emparer du monde, on aurait pu croire à un roman historique !



Les lames du Cardinal, Pierre Pevel



Addicte à la littérature de l’imaginaire depuis ma plus tendre enfance je m’étais pourtant fortement éloignée de la Fantasy pour préférer la jeunesse, le young adult et le roman contemporain. Je reviens à mon premier amour avec Pierre Pevel que je n’avais encore jamais lu malgré tout le grand bien qu’on me disait de lui.
Aussi je vous laisse découvrir ma chronique sur Les Lames du Cardinal, tome 1, dont un magnifique intégral est sorti chez les éditions Bragelonne.

1633, sous le règne de Louis XIII. Le cardinal de Richelieu veille à la bonne marche du royaume de France, de plus en plus menacé par l'Espagne et ses nouveaux alliés : les dragons. Or, à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels : le Cardinal se voit contraint de faire appel à une compagnie d'élite qu'il avait lui-même dissoute. Sous le commandement du capitaine La Fargue, les bretteurs les plus vaillants et les plus intrépides que possède le royaume sont ainsi réunis pour former à nouveau les redoutables Lames du Cardinal.

Difficile d’imaginer Richelieu, Cardinal absolument diabolique dans Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, en un sauveur de l’humanité face à des dragons maléfiques.
Pourtant le voilà bien placé comme seul rempart entre les hommes et les envahisseurs draconiens.
Heureusement, sans quoi l’histoire perdrait de son charme, il fait gentiment appel à quelqu’un d’autre pour faire ces besognes à sa place : un ancien Capitaine qu’il avait lui-même décidé de lui faire prendre une retraite anticipée en démantelant son équipe.

Ce rappel, rempli de mystères nous laisse aussi imaginer le pire, Pierre Pevel ajoutant çà et là tous les éléments pour nous faire prédire une catastrophe. De complot en complot, de point de vue en point de vue, la trame se révèle lentement.
Tellement longtemps d’ailleurs que je commençais franchement à m’ennuyer, en ayant plus qu’assez de ce phrasé ampoulé, de ces anecdotes historiques -oh combien intéressantes pourtant- au compte-goutte et surtout de cette chasse au secret qui nous entraîne malgré nous.
Pierre Pevel arrive cependant là où beaucoup ont échoué : il récupère mon attention, après l’avoir tout de même perdue au bout des deux tiers du roman. Je commence enfin à lâcher le paquet de dragibus contre lequel je m’acharnais si hardiment.

En effet, le début reste très lent, le temps d’installer tous les personnages de voir qui fait quoi, qui est qui, de tout simplement s’y retrouver dans tout ce fatras de personnages qui n’en finit plus de s’agrandir un méchant de si, un gentil de là, des gens entre deux qu’on comprend pas très bien ce qu’ils font là etc. Y a pas à dire c’est tout de même qui caractérise la fantasy adulte en règle générale. Cependant l’intrigue n’avance pas jusqu’à ce qu’enfin l’élément décisif se produit. Et voilà le Capitaine et sa petite troupe partis pour de nouvelles aventures où le passé, douloureux, viendra joyeusement se mêler à leurs soirées.

Petit à petit on en apprend plus sur les dragons, mais trop peu à mon goût ce qui reste un de mes grands regrets dans ce roman. Si Pevel s’attarde sur des détails historiques qui des fois n’ont que peut d’intérêt scénaristique, il passe sous silence de très nombreuses choses ce qui donne une espèce d’intrigue brumeuse où les personnages évoluent, se battent sans que l’on comprenne bien pourquoi ni contre qui.

L’écriture de Pevel quant à elle, est réellement unique alors que je reprochais assez fréquemment une forme d’uniformité dans la fantasy adulte à quelques variantes près. C’est d’ailleurs le principal atout et défaut de l’auteur : le voilà tellement immergé dans son Paris du 16e siècle qu’il se laisse prendre à son propre jeu et nous perd de très nombreuses fois.

Comme vous pouvez le constater j’ai un avis plutôt mitigé sur le roman, j’aurais bien aimé avoir la trilogie pour me fier à l’ensemble de l’oeuvre et non pas à une pièce puisque je pense que Les Lames du Cardinal est sans doute bien mieux en intégrale.
Cependant vous n’aurez pas ce cliffhanger absolument terrible sur lequel nous laisse l’auteur bien entendu ce qui est regrettable parce que c’est presque la seule chose qui me donne réellement envie de continuer la suite du roman.


En résumé, un roman certes intéressant par sa contextualisation historique et littéraire mais qui reste flou sur de nombreux points et perd le lecteur dans des tergiversions inutiles, presque évidentes. Cependant je ne nie par le talent de Pierre Pevel dans les romans de Cape et d’Epée, Les Lames du Cardinal en réunissant tous les aspects.