jeudi 23 mars 2017

Et si on faisait un petit bilan de cette saison hivernale ?


Bilan #1 hiver 2016




J’avais une PàL (Pile à lire) plutôt conséquente pour les mois d’hiver que je n’ai absolument pas respecter ! Bon j’avais une excuse : je n’ai pas le temps. En effet entre les fêtes à droite à gauche et les devoirs (beaucoup de dossiers) ce fut très compliqué d’ouvrir des romans mais surtout de les chroniquer !
Et oui, j’avoue, je n’ai pas chroniqué l’ensemble des romans que j’ai lu, shame on me.



D’abord les coups de coeur



Broadway Limited et La La Land sont à peu près dans la même veine, il faut croire que j’étais très attirée par la musique, le chant, la danse, les débuts des grandes carrières et les références du 20e siècle.
Broadway Limited est franchement un roman que je conseille vivement de lire et que, si j’avais une librairie, j’achèterai impérativement, il a tout pour plaire : de la poésie, des personnages excentriques, des relations profondément humaines sur fond historique, musical et cinématographique. On peut le mettre au rayon jeunesse, comme contemporain, on peut le conseiller aussi bien au cinéphiles, aux fanas de danses ou tout simplement à celles et ceux qui veulent passer un bon moment avec une plume aussi rythmée que les danses Fred Astaire, et aussi poétique que le jazz du Mississippi.
La La Land a raflé de nombreux prix aux oscars, on ne peut donc décemment pas dire que c’est un mauvais film, sans parlé du fait que je l’ai adoré ! Mais ceux qui n’aiment ni la musique, ni le jazz et qui ne sont pas particulièrement attirés par les belles images, les temps de pauses et les superbes steady-cam des caméras peuvent très bien passer leur chemin.



Les romans jeunesse



Et oui c’est là où j’ai pêché entre guillemet. Je m’étais promis de ne lire que des romans contemporains cette saison et je suppose que mon coeur a chaviré vers mon genre de prédilection sans m’en donner l’occasion (enfin si quand même...c’est juste qu’ils n’étaient pas dans la PàL). Mea Culpa.

I.R.L et Une fille au manteau bleu sont, bizarrement, aussi éloignés soient-ils dans leur genre respectif - roman d’anticipation pour l’un fiction historique pour l’autre -, très proches dans l’avis que je pourrais en donner : un fond hyper intéressant et un traitement des personnages un peu bancal. Ils questionnent, interrogent, pointent du doigt beaucoup de problématiques, et, en soit, sont assez représentatifs de ce que les jeunes lisent en ce moment. Aussi je dirais que ce sont des romans sur lesquels il faut tout de même se pencher. Dans le même genre qu’I.R.L. vous pouvez compter Phobos de Victor Dixen qui joue aussi sur l’aspect télé-réalité.



Les romans contemporains



Bon là j’avoue j’en ai lu quand même beaucoup, c’est juste qu’ils n’étaient encore une fois pas prévus au programme.

Tout d’abord La part des flammes de Gaëlle Nohant, un superbe roman semi-historique qui évoque un fait ignoré des livres d’histoire : l’incendie du Bazar de la Charité. J’ai adoré m’immerger dans ce roman où les personnages sont travaillés en profondeur rivalisant d’humanité, d’amour et de loyauté mais également où la noirceur de l’âme trompe les ennuis de la société mondaine parisienne. Les langages châtiés de l’époque m’ont laissé un goût exquis en bouche. Vous m’en direz des nouvelles !

J’ai ensuite lu plus récemment : Tanganyka Project de Sylvain Prudhomme, Si rien ne bouge et Plein Hiver d’Hélène Gaudy, Les nuits de Vladivostok de Christian Garcin ainsi que Les cosmonautes ne font que passer d’Elitza Gueorguieva.

Ces romans, vous n’en trouverez pas trace sur mon blog. Je les ai étudié dans le cadre d’un cours universitaire sur l’écriture contemporaine et la médiation numérique avec Guénaël Boutouillet. Vous trouverez toutefois de nombreuses chroniques, récits d’expérience de rencontres et problématiques croisées sur le blog crée pour l’occasion : Intimités Fictionnelles.

N’hésitez pas à y aller ! J’ai eu un vrai coup de coeur pour Si rien ne bouge que j’ai trouvé très vrai, très profond et en même temps très fin. Tout est en justesse, en retenu et en atmosphère. Quant aux Nuits de Vladivostok c’est une rencontre formidable que je renouvellerai volontiers. Et si vous avez l’occasion de rencontrer Sylvain Prudhomme, l’auteur de Tanganyka Project, surtout allez y. Vous ressortirez avec l’impression d’avoir rencontré l’homme le plus curieux, empathique et joyeux du monde. Et je pèse mes mots !



Les romans policiers



Le voleur de Noël de Mary Higgins Clark et Le Noël d’Hercule Poirot d’Agatha Christie sont deux lectures que j’ai appréciées mais sans plus. La seconde étant bien entendu beaucoup plus impressionnante et douée pour nous cacher ses mystères mais ce n’est que mon avis.



Et tout ce que je ne vous ai pas dit



J’ai oublié Colomb de la lune de Barjavel dont ma chronique en dit déjà bien long, mais aussi Le coeur des Louves de Stéphane Servant qui est un roman jeunesse très perturbant sur le désir de tuer mais aussi d’aimer et de vivre. Une fabuleuse histoire où la mémoire, le souvenir, deviennent le centre de tout un univers. Un très beau roman que j’ai malheureusement dû rendre à la médiathèque avant de faire ma chronique.

Entre temps j’ai tout de même relu quasiment 12 tomes de la saga Anita Blake, Chasseuse de vampire de Laurell K. Hamilton qui est pour moi davantage de la lecture passe temps que de la littérature de réflexion. C’est surtout le caractère cynique d’Anita qui me plaît et les enquêtes autour du surnaturel.

Je me suis également plongée dans la lecture de Chasseurs de neige de Paul Yoon, un roman que j’ai beaucoup de mal à qualifier, d’ailleurs je n’en ai pas fait de chronique pour une bonne raison, mais qui sur fond historique (après la guerre de Corée) se glisse dans le quotidien d’un « gars du nord » au Brésil. Le personnage se réinvente, se redécouvre et par là même nous pousse à nous émerveiller de la vie, de ses faiblesses comme de ses beautés.

Quant à La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette de Stieg Larsson je dois bien avouer y avoir retrouver toute la richesse et la documentation précise de sa plume. Un roman bien noir, bien sombre, où les travers de l’homme sont très bien exploités sur fond de débat social.

Et enfin le roman jeunesse La mécanique du coeur de Mathias Malzieu dont la beauté était si touchante, si sensible et si innocente que je n’ai pas voulu y toucher.

Bilan…

Résultat des courses : sur les 19 romans contemporains de ma PàL d’hiver j’en ai lu 5, sur les six romans jeunesse j’en ai lu 1 (pour ma défense j’avais déjà lu les autres, juste envie de me replonger dans leurs pages) quant aux films...1 seul, Narnia. Et oui (enfin j'en ai regardé plein d'autres ! La La Land, Les Animaux Fantastiques, Miss Pérégrine etc)


Promis je ferai mieux ce printemps !

mardi 21 mars 2017

Et vous, que savez-vous des limites de la conscience humaine ?




I.R.L, d’Agnès Marot



I.R.L. est un roman de la collection électrogène, paru aux éditions Gulf Stream, maison nantaise qui publie depuis qu’ils ont ouvert leur collection jeunesse des auteurs qui bénéficient d’une grande renommée comme Carole Trébor, une des auteure de la série U4.
AgnèsMarot c’est une jeune auteure prolifique qui écrit surtout pour les YA et comptabilise quatre romans aux éditions du Chat Noir, Armada ou Imaginemos. Un dernier, Quelques pas de plus, sortira aux éditions Scrineo en avril 2017.
Mais assez parlé, place au résumé !

Je m’appelle Chloé Blanche et j’ai grandi à Life City. Comme tous ses habitants j’ignorais que nous étions filmés en permanence. J’ignorais que nous étions un divertissement pour des milliers et des milliers de foyers. J’ignorais que nous étions les personnages de Play Your Life, l’émission qui fait fureur hors de Life City, IRL. J’ignorais surtout à quel point nous étions manipulés. Puis j’ai rencontré Hilmi, le nouveau à la peau caramel. Le garçon qui faisait battre mon coeur, mais que ceux qui tirent les ficelles ne me destinaient pas. C’est ainsi que j’ai découvert ce que nous étions, à Life City : les personnages d’un immense jeu vidéo.

Chloé Blanche est donc la seule à se rendre compte que son monde ne tourne pas rond. Non pas qu’elle soit plus intelligente que les autres Intelligences Artificielles (IA) de Play Your Life, non, mais parce que son joueur, Link, le fils du PDG, Arn Rinku, le lui révèle au moment même où elle allait enfin avoir un baiser de son Prince Charmant. D’un coup, une caméra noire lui apparaît en plein dans la chambre du garçon et elle croit tout de suite à une mauvaise blague, criant qu’à elle on ne la lui fait pas et que c’est un gros pervers immonde. Réaction très humaine n’est ce pas ?
Mais voilà que ces caméras sont partout où elle pose le regard, pas un seul recoin ne lui permet l’intimité. Avec l’aide de son joueur qui poursuit un but bien particulier (tordu ? machiavélique ?) et qui lui fait lire des ouvrages prohibés (1984 de George Orwell, La Dispute de Marivaux) loin de ses lectures habituelles (Les Hauts de Hurlevent par exemple), Chloé comprend tout et rien à la fois.

Dans sa quête de liberté (due à quoi exactement ? Au poème Liberté de Paul Eluard que lui susurrait sa mère ? Ou aux lignes de code volontairement instaurées par Link?), Chloé s’élance à la conquête du monde réel, de l’IRL, un terme geek pour signifier In Real Life.
Avec l’aide de Link elle intègre un corps humain fait de matières 3D, mais cette transgression ne passera pas inaperçue et le PDG s’amusera à jour de ses sentiments humains en menaçant de supprimer sa mère.

Chloé se rendra vite compte que ce monde-ci n’est pas plus enviable, plus sombre, et la manipulation y est toujours bien présente. Elle a déjà tout d’une rebelle : l’esprit, la volonté et le codes, ne lui manque que la trahison et l’amour ; vœu exaucé !

En soit l’héroïne n’a rien d’exceptionnel mais cela s’explique aussi dès le départ, par la volonté d’en faire quelqu’un comme les autres, un peu ronde, un peu gauche, pas très jolie, dont le père est parti tôt alors qu’elle était toute jeune et qu’elle regardait fondre en larme sa mère sur le sol de la cuisine. La fille qui n’a pas envie qu’on la remarque, qui reste silencieuse, que les garçons rendent folle mais qu’elle n’ose approcher. Une fille lambda ; sans autre signe distinctif que son regard violet.

De même l’intrigue se base sur des éléments bien connus des dystopies et autres romans d’anticipation : une rebelle = une rébellion (je ne vous révèle rien, même vous vous auriez deviné au résumé n’est ce pas?).
C’est plutôt le fond qui se distingue, entre critique scientifique, sociale et éthique, où Agnès Marot accuse aussi bien le développement de l’Intelligence Artificielle qui fascine tous les corps de métiers, les corps artificiels qui font la joie des japonais (mais pas que) et des jeux télévisuels où le public se fait voyeur. Ces problématiques sans toutefois forcément trouver de réponses sont merveilleusement traitées avec plusieurs temps de narration qui, s’ils peuvent être perturbants, donnent un réel souffle au récit.

On passe ainsi d’un point de vue à un autre de manière très fluide avec, dans un premier temps, le discours de Chloé face à la télévision quand elle prend en otage les studios de la chaîne et qui tente d’alerter le monde réel des abus produits sur les IA où on est à la place du téléspectateur, et ensuite, ses propres souvenirs, ses morceaux tronqués au montage, qu’elle révèle au monde entier, où on se retrouve dans la peau de Chloé.
De plus, dissiminés dans l’ensemble du roman les points de vue de Link, son père, du joueur d’Elsa dite Zazou, de Farah jeune adolescente révolutionnaire qui prêtera main forte, entre haine et admiration, à Chloé dans sa quête de vérité etc. Mais également celui de la famille de Whisper (l’ami hacker) qui nous induit en erreur jusqu’au moment fatidique. (Ceux qui l’ont lu comprendront, et les autres verront bien, c’est une surprise!)

Je trouve que cette double narration et la multiplicité des points de vue sont des points très forts de ce one shot qui permettent d’aborder différentes façons de voir ces évolutions scientifiques.
C’est un roman qui questionne : quelles sont les frontières entre l’intelligence artificielle et la conscience humaine ? Peut-on s’attendre, en donnant des traits humains à une IA à ce qu’elle ne le devienne pas ? Peut-on seulement y croire quand on sait comment elle est crée, quels sont ses traits de caractères et ses lignes de code ? Quand une seule ligne supplémentaire peut tout changer ? Jusqu’où irons-nous avec la télévision pour attirer toujours plus de public : quand on voit Secret Story, les Anges de la Téléréalité, ou encore Second Life qui a existé, il y a de quoi se poser des questions. Et ce roman, appartenant à la catégorie Young Adult, alerte cette nouvelle génération de plus en plus connectée.

Existe t-il encore une éthique humaine ?

En bref, un livre bourré de qualités !
Avec des références telles que 1984 de George Orwell, Corpus Simsi de Chloé Delaume, les Sim’s, Second Life, et d’autres encore, Agnès Marot délivre un roman riche en rebondissements, questionnements existentiels et autres interrogations éthiques. Et si la fin reste prévisible, l’ensemble de la trame narrative nous offre beaucoup de surprises qui font de ce livre un très bon roman.


De plus, et ça ne gâche rien, c’est un très bel ouvrage éditorial comme tous les romans de la collection électrogène.

jeudi 16 mars 2017

Des bouleversements de l’enfance à ceux de l’Histoire ; les rêves sont tels des cosmonautes.



Les cosmonautes ne font que passer, Elitza Gueorguieva




« Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau. Les tiennes sont fausses… »

Édité chez Verticales, la fameuse maison d’édition à l’écriture expérimentale avec une politique d’auteur particulière, Elitza signe son premier et unique roman à ce jour à l’âge de 34 ans et des brouettes.

Les cosmonautes ne font que passer raconte l’histoire d’une petite fille sans nom, anonyme et fictionnelle dont le point de vue n’est d’ailleurs évoqué qu’avec le « tu ». Rêveuse, fantasque et fascinée par Iouri Gargarine, elle n’a qu’un seul but : devenir cosmonaute, tutoyer les étoiles et escalader la lune. Imperméable aux dangers politiques que ses idées farfelues peuvent engendrer, perplexe devant les disputes de plus en plus fréquentes de ses parents et le rejet incompréhensible à ses yeux de son grand-père, un vrai communiste, elle fera tout pour prouver à tout le monde que son projet secret est possible et réalisable.

Autour de cette petite fille énigmatique se dressent différents portraits de la Bulgarie, pays d’origine d’Elitza : les discours d’appartenance côtoient les radios clandestines, les rêves s’attachent au passage de l’enfance à l’adolescence, les amitiés s’échangent et s’échappent comme des oiseaux migrateurs et les coutumes, bouleversées par l’Histoire rendent compte aussi d’un état d’esprit que l’on a peu l’habitude de voir dans les romans d’après guerre et de la guerre froide.

J’ai notamment apprécié l’usage du « tu » mais aussi l’aspect très enfantin de l’écriture d’Elitza qui est voulue et qui nous transpose aussi bien en Bulgarie que dans notre propre enfance tout du moins dans la première partie !

En effet le livre se découpe en deux parties : la première raconte les déboires d’une petite fille de 7 ans, rêveuse, cosmonaute et communiste à ses heures dont les interrogations sont celles d’une enfant, et la seconde s’étend sur ceux d’une adolescente de 14 ans, désillusionnée, aux aspirations de chanteuse punk grunge à la Kurt Cobain, et dont les questions se tournent plus vers l’expansion de la culture occidentale.

Si j’ai manifestement préféré la première, ce roman d’autobiographie fictionnel n’aurait certainement pas eu la même densité ni le même impact sans la seconde.


Un premier roman qui se lit donc très bien lors d’une petite pause café ou avec des gâteaux de notre enfance : tartelettes de fraise, fondant au chocolat, cake et autres mignardises se prêteront volontiers au jeu fantasque et imaginaire d’une petite fille rouge de 7 ans. Toutefois un café corsé à la Christian Garcin pourrait également s’approprier l’esprit décalé, dur et vindicatif de l’adolescente de 14 ans.


Vous pouvez également retrouver cette chronique sur mon autre blog dans le cadre d'un projet universitaire liant quatre auteurs.