lundi 29 août 2016

Gods of Egypt, un peplum carrément génial...ou pas.


Gods of Egypt, un film à gros millions mais pas à gros succès…



Gods of Egypt est un film sorti le 06 avril 2016, en France, co-produit et réalisé par Alex Proyas. Ce dernier est un réalisateur, producteur et scénariste australo-américain né en Égypte, d’où, peut-être, son envie de produire et de réaliser ce film qui part des racines de l’Égypte en plongeant notamment dans sa mythologie. Si son nom ne vous dit rien, sachez qu’il a réalisé Dark City, un film de science-fiction, sombre et psychologique où le décor est le film, et qui est devenu un classique du genre. Olivier Père, des Inrocks, le qualifiait très justement de «  thriller métaphysique et rêverie poétique » Il avait alors pioché dans l’esthétisme des années 90 et dans la littérature. L’antithèse de Gods of Egypt. Plus connu et plus récent sans doute, il réalise également en 2004 I, Robot porté au grand écran par Will Smith tiré d’un des livres les plus connus d’Isaac Asimov. En bref, deux films salués par la critique, tirés de la littérature et qui n’avaient pour ainsi dire absolument rien à voir avec cette parodie. Car il s’agit bien là de parodie !

Nous sommes dans l’Égypte ancienne. La Terre est plate, les Dieux règnent sur le monde et les mortels les vénèrent. Le scénario suit plus ou moins la mythologie égyptienne à quelques détails près.

Je précise toutefois que je ne suis pas une experte sur le sujet et que je me base sur mes connaissances, aussi, si vous souhaitez faire un commentaire et apporter une modification n’hésitez pas.

Dans la mythologie, Seth et Osiris sont les fils du dieu soleil Râ, qui doit combattre la créature Apophis qui veut détruire la création. Beaucoup d’historiens pensent que les égyptiens associaient la créature Apophis aux mystérieuses éclipses. Seth est le dieu du désert et Osiris le dieu de la vie. Jaloux le premier assassina son frère et prit sa place. C’est ainsi que cela se passe dans le film ainsi que dans la mythologie. Il me semble cependant qu’après cela Seth découpa le corps de son frère en 14 morceaux, sa femme n’en retrouva que 13, le reconstitua et lui insuffla la vie pour lui faire un enfant, Horus. Dans le scénario, Horus, fils d’Osiris et maître des airs, est vivant lors de l’assassinat de son père puisque cela se passe le jour même de son couronnement. S’en suit une douce histoire de vengeance et d’incompréhension paternelle.

J’en ai fini avec la mythologie pour le moment. Seth, pour s’emparer du trône d’Egypte, combat son neveu et ressort victorieux à cause d’une petite machination (quel méchant ne s’aide t-il pas d’une tromperie ou deux?). Il lui prend alors ses yeux qui permettent de voir tout autour de soi à une distance ahurissante. Horus, aveugle, se réfugie dans un sanctuaire.
Ce n’est pas, cependant, qu’une histoire de dieux, mais aussi de mortels et d’amour. Bek, jeune voleur intrépide et courageux, ferait tout pour sa belle, Zaya, fervente croyante et l’emmène donc au couronnement. Lorsque Seth débarque avec son armée et déclare que le passage vers l’après vie se fera au poids de l’or, Zaya se retrouve « esclave » de l’architecte en chef, décide de voler un de ses plans et convainc Bek de dérober à Seth un des yeux d’Horus. Dans leur fuite, Zaya se fait transpercer d’une flèche et son amoureux passe un marché impossible avec le maître des airs : l’aider à terrasser Seth en échange de la résurrection de sa compagne. S’ensuit une série d’aventures qui aurait peut-être pu être passionnantes si le jeu des acteurs n’était pas si mauvais.

Parlons-en des acteurs ! Horus, le dieu ailé est joué par Nikolaj Coster Waldau, vous le connaissez sans doute par son interprétation plutôt réussie du rôle de Jaime Lannister dans la série Game Of Thrones.


On s’attendait donc à un jeu tout aussi prenant mais il n’en est rien, même s’il faut sans doute le reprocher aux dialogues mal écrit, entre comédie et parodie. Nikolaj interprète donc ce dieu qui pense davantage au sexe et à l’alcool qu’à autre chose, aveuglé par sa vengeance, trompeur et manipulateur. Malgré tout le personnage reste (trop) gentil et nous laisse sur notre fin. Ses dialogues sont creux, sa vengeance juvénile, et le ton reste banal, sans rondeur ni finesse.

Seth, interprété par Gerard Butler est peut-être le seul personnage à peu près crédible.


Étant le grand méchant, on lui prête le cynisme et la cruauté qui vont au personnage et qui lui donne sans aucun doute plus de profondeur. Sans pitié avec les dieux qui ne se prosternent pas devant lui, il prend pour femme la Maîtresse de l’Ouest, amoureuse d’Horus. Gerard Butler interprète ce personnage avec classe, en tout cas beaucoup plus que les autres acteurs.
Cette fameuse Maîtresse de l’Ouest, ou Hathor est jouée par Elodie Yung, une jeune actrice (seulement 14 ans de carrière) qui interprète notamment le rôle d’Elektra dans la série Dardevil.


Dans l’un comme dans l’autre, elle incarne une femme de pouvoir, qui sait aussi bien battre des cils que mettre une raclée à ses adversaires. Dommage, cependant, que son rôle dans Gods of Egypt se limite à une pâle imitation de Cléopâtre et qu’elle n’ait pas un peu plus de caractère. Les scénaristes ont cependant tenté de lui donner un peu plus de charisme en associant l’idée de la tentation de la noirceur pour la déesse de l’amour qui se retrouve aux prises avec des démons. Pourtant on ne constate pas de réelle confrontation avec les limbes ce qui aurait peut-être pu donner un peu plus de noirceur à ce film décidément trop gentil.

Le dernier personnage a avoir beaucoup d’importance est donc Bek, représenté par Brenton Thwaites qui a notamment fait le Prince Philippe dans Maléfique ou encore Jonas, le héros de The Giver.


Malgré quelques cabrioles dignes de Prince of Persia, Bek reste un héros vide, un peu trop confiant, et sa relation avec son aimée porte au mélodrame. Les échanges entre Bek et Horus étaient peut être censés être drôles mais deviennent lourds au fur et à mesure du déroulement du scénario.
Même le sphinx. Vous allez me dire « quoi le sphinx ? ». Et bien le sphinx comme vous le savez sans doute vous donne une énigme que vous devez résoudre. Si vous donnez la mauvaise réponse il vous mange tout cru, si vous donnez la bonne, il vous laisse le passage libre. Bon et bien le sphinx dans ce film ci est une créature géante, de sable avec une tête humanoïde, elle fait sans doute plusieurs mètres de haut et a une voix caverneuse qui porte loin.


Et bien imaginez une créature pareille sortir un « Oh, flûte » parce que vous avez résolu son énigme. Et non, ce n’est pas une erreur de traduction puisqu’en version originale, notre cher Sphinx dit « Oh Bother », l’équivalent de notre expression française. Donc voilà un monstre qui même en ayant perdu aurait pu garder de sa superbe tout simplement en disant « Bonne réponse » d’une voix sombre et caverneuse avant de disparaître mais non, il a fallu qu’encore une fois, sous le couvert de la comédie, cela se transforme en une ridicule mise en scène.

Vous l'aurez sans doute compris je n'ai en aucun cas apprécié ce film pour sa grandeur d'esprit, sa profondeur, ou encore ses acteurs sensationnels. La seule chose qui mérite peut-être un petit applaudissement relatif est le graphisme. En effet, si vous le regardez sur un grand écran vous serez sans doute surpris en tout premier lieu par la qualité des images de synthèse, les décors, que ce soit la ville elle-même, le sanctuaire dans le désert, ou encore le royaume des morts. Les transformations des dieux prenant la forme de créatures chimériques sont également pleines d'effets spéciaux en tout genre (un peu trop pour certains) qui pourraient presque faire penser à Transformers. Les couleurs sont vives, ce qui contraste fortement avec les autres films de Proyas, et les quelques ralentis font penser aux jeux vidéos ce qui, là encore, selon le public, peut-être une bonne ou une mauvaise chose. 

Le mot de la fin : des dialogues creux qui se veulent peut-être comiques mais qui transforment ce film en parodie, des personnages qui manquent de profondeur et un scénario trop prévisible qui ne laisse place à aucun suspense. De belles images et rien d’autre.

Vous pouvez bien entendu contester cet avis !

Les images ont été pêchées sur :

actucine.com, dailymail.co.uk, mytimes.com, cinecinephile.com, artofvfx.com, fanpop.com, et wegotthiscovered.com.


jeudi 25 août 2016

Le Protectorat de l'Ombrelle tome 1 et 2 de Gail Carriger



Le protectorat de l’Ombrelle, tome 1 et tome 2 : Sans Âme, Sans Forme de Gail Carriger






Une série que j’ai lue il y a déjà un bout de temps mais dans laquelle je souhaitais me replonger. Elle est composée de cinq romans : Sans Âme, Sans Forme, Sans Âge, Sans Coeur, Sans Honte, dont voici une critique des deux premiers tomes. Je vais essayer de vous faire un résumé - plus ou moins succinct - des deux tomes.

Nous sommes en Angleterre, à l’époque des premiers dirigeables et des avancées technologiques. Robes en dentelle, bals et bonnes mœurs sont au rendez-vous, ne vous étonnez pas de retrouver Jane Austen ou encore les sœurs Brontë autant dans les histoires de romances sans queue ni tête que dans le style très « british » du phrasé de l’époque.
Mais cette saga fait bel et bien partie du nouveau genre bit-lit avec vampires, loups garous et para-naturelles, personnages que, ni les sœurs Brontë ni Jane Austen, n’avaient pu ajouter à leurs histoires.

Avant de continuer plus avant ce résumé laissez-moi d’abord redéfinir le terme « bit-lit ». La « bit-lit » est un sous-genre de la littérature urbaine qui vient de l’anglais « to bite » mordre et « lit » littérature autrement dit la littérature mordante. Ou plutôt la littérature comprenant toutes les créatures qui mordent : vampires, goules, succubes, loup-garous (en bref tous les êtres surnaturels). Ce terme a été généralisé par Bragelonne, la célèbre maison d’édition spécialisée dans la Fantasy et Dark Fantasy. Nombre de sagas ont été adaptées au grand écran comme Vampire Diaries (Le Journal d’un Vampire de L.J Smith), ou encore True Blood (La Communauté du sud de Charlaine Harris), mais aussi en comics avec Anita Blake de Laurell. K Hamilton. Stephenie Meyer, avec Twilight, a notamment participé à l’émergence de ce genre et à sa popularisation. On retrouve dans ce type de littérature du surnaturel/paranormal, mais aussi de l’érotisme sur fond d’enquête policière et de romance. Cette littérature peut s’adresser aux hommes bien qu’on la considère comme étant tournée vers les femmes.

Après cette brève interlude, revenons-en au résumé. Alexia Tarabotti, l’héroïne, est, comme son nom l’indique, d’origine italienne. Sa peau est caramel, son nez trop prononcé, ses traits trop marqués et surtout c’est une vieille fille. Enfin, elle a vingt-six ans mais bon pour l’époque c’était déjà vieux. Rat de bibliothèque, s’habillant avec élégance elle ne sort jamais sans son ombrelle qui peut aussi bien protéger du soleil qu’occire quelques malheureux vampires. Une arme de choix pour une femme de la bonne société. Considérée avec mépris par les membres de sa famille, elle n’en reste pas moins une femme du monde avec un esprit acéré et une langue qui ferait mieux de rester dans sa poche de temps en temps. Mais ce n’est pas tout, elle est née Sans Âme, para-naturelle, c’est-à-dire que si une créature surnaturelle pose la main sur elle, il se retrouve d’un coup, totalement et complètement, humain. Une fois le contact rompu il reprend la pleine capacité de ses pouvoirs. Et si ce don lui est quelques fois utiles il lui cause également beaucoup d’ennuis !

Dans le premier tome, elle « rencontre » par mégarde un vampire un peu trop assoiffé et est obligée de lui planter son épingle à cheveux dans le coeur, ce dernier meurt bien évidemment mais en laissant son lot de mystère : pourquoi était-il seul et aussi mal fringué ? À quelle ruche (nid à vampire) pouvait-il bien appartenir ? Et surtout comment pouvait-il ignorer toutes les règles régissant la bonne entente entre humains, vampires et loup-garous ? Alexia bien malgré elle se retrouve plongée dans les intrigues jusqu’au cou et n’hésite pas à faire jouer ses relations pour satisfaire sa curiosité personnelle mais aussi pour doubler le beau Lord Maccon, loup garou légèrement antipathique qui ne s’est malheureusement pas remis d’un hérisson planté dans les fesses par la jeune demoiselle.

Dans le second tome, Alexia rencontre une française douteuse, s’habillant en homme et extrêmement douée pour les machines et autres engrenages, est obligée d’emmener sa sœur, timorée et très entichée des bonnes mœurs, des robes et des fanfreluches, son amie Ivy qui a un goût horribles pour les chapeaux, tout cela afin de rejoindre l’Ecosse afin de comprendre pourquoi les créatures surnaturelles n’arrivent plus à se transformer et surtout de prouver au conseil fantôme de la Reine Victoria, qu’elle n’y est absolument pour rien dans cette histoire.

Cynique, drôle, directe, et très anglaise, Alexia Tarabotti nous entraîne dans ses aventures sans nous forcer. On se laisse prendre dans cet univers aux coutumes familières et pourtant très différentes sans que cela ne déstabilise la lecture. Le vocabulaire n’est pas compliqué et l’histoire en elle même pourrait très bien convenir à des jeunes filles entre 12 et 14 ans, si seulement quelques scènes érotiques ne venaient pas s’y glisser. Gail Carriger reste toutefois beaucoup plus softe que ses homologues Charlaine Harris, Laurell K Hamilton ou encore Kelley Armstrong, avec des scènes courtes et très peu descriptives. Aussi une adolescente au-delà de 14 ans peut très bien lire ce roman sans être choquée outre mesure.

Gail Carriger nous trace un portrait assez exact de la société britannique à l’époque victorienne, en incorporant notamment des personnages très excentriques souvent rejetés par la communauté aussi bien humaine que vampirique, notamment Lors Akeldama vampire gay, mais aussi en dressant quelques chocs culturels : l’italienne en Angleterre, ou encore les manières rudes des Ecossais souvent jugés brutaux et grossiers dans leur manière d’être et de parler. Et Alexia, bien que plus ouverte, puisque légèrement stigmatisée et amie de Lors Akeldama, est également sujette à ce genre d’intolérance et de préjugés.

Bien que le roman soit centré sur des affaires surnaturelles, il est aussi, comme la plupart des romans, une leçon. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que la plupart des romans pour la jeunesse soient souvent issus du genre fantastique/fantasy/héroic fantasy ! Sous des dehors tout innocent ils peuvent transmettre des leçons, et, la tolérance et la fin des préjugés sont tout de même souvent prêchées dans ces deux romans.

Bien sûr il n’y a pas du bon ! Les descriptions sont souvent très courtes, et quelques dialogues, entre guillemets inutiles, font traîner certaines actions en longueur. Le personnage n’est pas, selon moi, traité assez en profondeur, et manque, parfois, d’introspection. Cependant ces deux romans se lisent avec le sourire et on apprécie le cynisme british de Mademoiselle Tarabotti. Les aventures restent également assez originales.


Le mot de la fin : Une saga qui mérite le détour, bourrée d’humour avec une héroïne qui ne manque pas de culot !

Gail Carriger a également écrit deux autres séries : Le Pensionnat de Mlle Géraldine et Le protocole de la crème anglaise. Et vous pouvez retrouver Le protectorat de l’Ombrelle en manga chez les éditions Pika. 









jeudi 18 août 2016

La soudaine apparition de Hope Arden de Claire North (coup de coeur !)




La soudaine apparition de Hope Arden de Claire North

Mon nom est Hope Arden. Je suis la fille que tout le monde oublie.
Tout a commencé quand j’avais seize ans.
Mon père qui omet de m’emmener au lycée.
Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre.
Un ami qui me regarde et voit une étrangère.
Qu’importe ce que je fais, ce que je dis, les crimes que je commets...vous ne vous souviendrez jamais de moi.
Ça rend ma vie compliquée mais ça fait aussi de moi quelqu’un de dangereux.


La Soudaine Apparition de Hope Arden est l’histoire d’une fille dont personne ne se souvient.
Mais vous, vous n’êtes pas près de l’oublier.


Hope avait à peine seize ans quand le monde l’oublia, l’effaça de sa mémoire à long terme. Vous pourriez manger avec elle, rire avec elle, vous faire menacer par elle, elle n’aurait qu’à disparaître de votre champ visuel qu’une seule petite minute pour que vous l’effaciez de votre mémoire. D’ailleurs, qui sait, l’avez-vous peut-être déjà rencontrée.
Avouons le, nous avons tous rêvé au moins une fois de se faire oublier : une interro surprise que vous n’aviez pas révisée, une phrase malencontreuse dite à votre patron, une dispute ridicule avec votre compagne, un mot lâché par mégarde à un dîner de famille… Oui vous l’avez rêvé, mais si vous lisez ce roman vous n’en rêverez plus jamais.

Hope Arden est la narratrice de ce roman, de fait ce dernier tourne beaucoup autour de ses ressentis, ses blessures, ses envies, mais surtout sa douleur face à l’oubli. Tout le long du livre on la retrouve accompagnée, (une fête, un repas, une promenade dans les rues) elle n’est que très rarement seule et pourtant c’est bien une solitude sans pareille qui la pèse.

En effet, si on est une criminelle on comprend tout de suite l’intérêt de disparaître de la mémoire des gens -notamment des officiers de police un peu trop collants- malgré une dizaine de caméras de sécurité. Si on est une personnes lambda qui cherche à se faire des amis ou à rencontrer l’amour, là, ça devient tout de suite beaucoup plus compliqué ! Hope est les deux à la fois : une voleuse et une femme arrachée trop tôt aux illusions de la jeunesse. D’ailleurs voler semble être quelque chose qu’elle fait pour se rendre mémorable pour qu’on se souvienne d’elle, si on ne se souvient pas de son visage on se souviendra au moins qu’elle a volé telle ou telle chose. Et là voilà bloquée dans le comportement d’un enfant en quête de reconnaissance.
Ne vous y trompez cependant pas, c’est un personnage charismatique, qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui a ses piquants !

Le roman ne se concentre pas uniquement sur elle. En effet Hope Arden se retrouve confrontée à l’application Perfection. Cette dernière, en plus de connaître vos numéros de carte de crédit, ce que vous portez tous les jours, les endroits où vous mangez et ce que vous achetez, vous « oblige » à faire certaines choses pour obtenir plus de points. Elle vise à rendre les gens parfaits : un sourire parfait, un visage parfait, un corps parfait, une démarche parfaite, en somme, de parfaits petits clones. Plus vous obéissez à l’application et vous rapprochez de la « perfection », plus vous gravissez les échelons de cet univers de princes et princesses et vous rapprochez des club 106 et 206 (les personnes les plus parfaites ayant été jusqu’aux mystérieux traitements).

Hope se retrouve mêlée à cette histoire lorsqu’elle vole les bijoux d’une importante représentante de cette classe lors d’une réunion du club 106 causant du tort au propriétaire de l’application. Et c’est le début de la fin. Elle rencontrera des personnages très singuliers avec leurs propres motivations, coincée entre deux vengeances, apprenant elle même ce que peut faire l’application Perfection elle sera sans arrêt en train d’osciller entre deux choix : détruire Perfection et tout ce qu’elle représente, embrasser Perfection et devenir parfaite – mais surtout mémorable-

Je n’avais jamais lu de roman de Claire North, je ne sais donc pas ce que vaut celui-ci par rapport aux autres mais je dois dire qu’il est réellement exceptionnel, tant dans l’écriture que dans le scénario, un véritable coup de coeur !

« De la discipline.
Courir.
Marcher.
Parler.
Le dos droit.
Le regard braqué vers l’avant.
La tête levée.
Serrer des mains.
Se laver le visage.
Étudier sa cible.
Mettre un plan au point.
Ma vie est une machine.
Je suis une machine qui vit sa vie. Clic Clic Clic, les rouages tournent et je vis.
Je vis. »

C’est à la fois un thriller psychologique, philosophique et qui aborde des thèmes récurrents dans notre société actuelle comme celui de la perfection, de la beauté mais aussi des dangers de certaines applications. La narratrice est à la fois critique mais aussi tentée par cette approche qui rend les gens mémorables, dans tous les sens du terme.

« Je veux quelqu’un.
Que quelqu’un dise mon nom »

L’hystérie générale vers la fin du roman offre des détails sordides sur ce que pourrait très bien être le futur. Ce n’est tout simplement pas un livre pour se détendre mais bien un livre pour réfléchir ! La condition humaine, l’emprise des technologies, la société mais surtout notre mémoire sont autant de sujet que l’auteure décrit et tente de comprendre.

Et, même si le cas de Hope est extraordinaire et légèrement poussé, nous avons tous vécu un moment où nous n’arrivions pas à nous rappeler un visage, ou encore à mettre un nom sur ce visage. Et il nous est sans doute arrivé de croiser une centaine de fois la même personne sans la reconnaître. Hope est donc le cas extrême de ce que l’on est parfois et de ce que les autres sont d’autrefois. La seule personne du roman à se souvenir d’elle est Gracie, sa petite sœur handicapée, la seule à faire attention peut-être ? Heureusement nous avons tous une petite Gracie quelque part !

Le seul hic à ce roman, et cependant la chose que je préfère, est son écriture très déstructurée comme le montre le premier exemple. Cela rend la lecture difficile, voire longue. En effet, le rythme est haché, saccadé et si cela est très adéquat à certains moments cela nous perd aussi quelque peu. Les choses vont très rapidement. La chronologie est également assez compliquée à suivre puisque le roman contient beaucoup de retour en arrière.
Mais ne vous laissez surtout pas décourager !

Je vous laisse sur une dernière citation avant le mot de la fin :

« Il était le monde, l’univers ; il prenait tant de place dans ma vision des choses qu’un instant je me demandais s’il n’était pas le fruit de mon imagination, une voix que j’avais moi même inventée ».


Le mot de la fin : Un thriller psychologique époustouflant ! 



lundi 15 août 2016

Celui qui tombe ou l'équilibre du monde




Celui qui Tombe

Conception, mise en scène et scénographie de Yoann Bourgeois, Assisté de Marie Fonte. Avec Mathieu Bleton, Julien Cramillet, Marie Fonte, Dimitri Jourde ou Jean Baptiste André, Elise Legros et Vania Vaneau ou Francesca Zivjanni.
Plus d’informations sur : http://www.legrandr.com/?celui-qui-tombe

J’ai vu cette représentation circassienne au Grand R, une scène nationale située à La Roche-sur-Yon, le 19 novembre 2015 à 20h30. Si vous allez sur le site internet du Grand R dont le lien est mentionné plus haut, et que vous lancez la vidéo, vous entendrez ceci « c’est une petite humanité qui essaye simplement de tenir debout ». Des mots simples, énoncés simplement mais qui décrit si bien Celui qui tombe.



Pour vous donner une idée visuelle et auditive, imaginez un plateau en bois, assez grand et assez lourd pour que, en tenant sur un socle circulaire, ses extrémités s’inclinent légèrement vers le sol. Le bois est clair, solide, mais on l’entend craquer. Six personnes sont debout sur ce plateau de six mètres par six et semblent perdues, comme si elles ignoraient comment elles étaient arrivées là. Souvent, leur regard se pose sur nous, spectateurs, et tous nous interpellent d’une manière différente : peur, envie, inquiétude, incompréhension… Puis, le plateau se met lentement à tourner, et ces six personnes se mettent à courir, donnant de la vitesse à ce plateau, sous l’impulsion d’une musique électronique remarquable. On entend les pas, on entend les halètements, on entend le bois qui continue de craquer.
S’ensuit alors un remarquable jeu d’entraide. Si le plateau s’incline trop d’un côté, tous courent dans l’autre sens pour le stabiliser. Et les voilà, qui, deux par deux, s’inclinent face à la force centrifuge, les corps synchronisés et comme maintenus par des fils invisibles.

Chacun peut y aller de sa propre interprétation, j’en ai vu plusieurs : la lutte des corps contre le temps, contre les événements inéluctables (d’aucun appellerait cela la loi de Murphy) qui nous pourchassent, mais aussi la lutte ensemble face aux horreurs qui peuvent nous assaillir. Le tableau aurait pu être moins sombre si cette représentation n’avait pas eu lieu seulement six jours après les événements du Bataclan du 13 novembre 2015.

Le plateau se fait tantôt traître, tantôt conciliant, jouant inlassablement avec ses petites marionnettes. Il craque, bascule, se met à l’horizontal, à la vertical, laisse s’échapper quelques personnes, en garde d’autres. Il se présente à la fois comme la cage et la sortie, comme le bâton et la caresse. 



Vaut-il mieux rester tous ensemble, unis, sur ce plateau, ou quelques uns sur le sol ? Et on sent ces personnages, tout comme nous, désorientés par ces décisions, incapables de choisir. Finalement, les voilà tous suspendus au plateau, à ne pas vouloir le lâcher, suspendu dans le vide, les bras horriblement tendus pour ne pas tomber.
Certains pourront voir dans cette œuvre autant une pensée philosophique qu’artistique, d’autres repartiront l’esprit vidé de toute énergie, et d’autres encore s’interrogeront. Qu’est ce que l’artiste a bien pu vouloir nous montrer ? Qu’est ce qu’il tente de nous dire ? Qu’est ce que l’on doit faire ? Faut-il seulement répondre à ces questions ?

Je l’ai pris comme une leçon de vie avec les larmes aux yeux. L’unité, qu’elle soit voulue ou non, reste toujours la meilleure solution. Aussi lorsqu’ils tombaient, je tombais, lorsqu’ils s’interrogeaient, je m’interrogeais, lorsqu’ils sautaient, je sautais. Ils étaient autant eux que nous, et j’étais autant eux que moi. Tant et si bien que, lorsque tous tombèrent et que le silence commença à s’installer, les applaudissements retentirent à tout rompre pour féliciter ces circassiens qui avaient laissé en chacun une belle expérience...et une sacrée tension ! (Attendre que des personnes tombent vous met toujours dans un drôle d'état).

Le mot de la fin: si jamais vous avez l’occasion de les voir, surtout n’hésitez pas, foncez !



Sources :
Images : la première vient de « pourquelpublic.com » dans l’article « celui qui tombe une envie de repousser les limites » publié en septembre 2015. Les deux suivantes viennent de France TV.info dans l’article « Biennale de la danse : Celui qui tombe une leçon d’équilibre de Yoann Bourgeois », publié en 2014 par Odile Morain.
Vidéo publiée par la scène nationale d’Orléans le 24 juin 2016

vendredi 12 août 2016

Library Jumpers 1 : La Voleuse de secret de Brenda Drake





Library Jumpers 1 : La Voleuse de secret 
de Brenda Drake

Fervente lectrice, passionnée d’escrime, Gianna a perdu sa mère à l’âge de quatre ans. Elle visite pour la première fois l’Anathaeum, l’une des plus anciennes bibliothèques de Boston, accompagnée de ses deux meilleurs amis, quand elle remarque le comportement étrange d’un mystérieux jeune homme. L’inconnu finit même par se volatiliser presque sous ses yeux, penché sur un volume des « Plus belles bibliothèques du monde ». Lorsque Gia s’approche à son tour de l’ouvrage, elle se retrouve transportée de l’autre côté du globe, à Paris, dans une magnifique salle de lecture dont une bête menaçante arpente les rayons, comme elle ne tarde pas à le réaliser avec un frisson…
La jeune fille vient de mettre le doigt dans un terrible engrenage : une poignée de bibliothèques anciennes mène en effet vers un monde où magiciens, sorcières et créatures surnaturelles s’affrontent depuis des siècles pour éviter que le peuple des hommes ne découvre leur existence. Gia apprend qu’elle est l’une des Sentinelles chargées de protéger cette société secrète. Pire encore, qu’elle est la fille de deux de ces guerriers d’exception – une union interdite – et que sa naissance n’est autre que le présage de la fin du monde. Une malédiction qui lui interdit absolument de se rapprocher d’Arik, l’inconnu aux yeux noirs de l’Anathaeum…

Bon… Pas besoin de vous faire un résumé étant donné la taille de celui-ci.

Gianna est une héroïne comme on en voit tant d’autres, avec des notes excellentes, deux meilleurs amis géniaux, qui porte toujours une queue de cheval et qui ne se balade jamais sans son parapluie rouge qu’elle tient de sa mère. Une fille simple dans un univers simple et qui, mis à part le fait qu'elle soit orpheline (elle vit avec son beau père), ne semble pas avoir trop de problèmes. En visitant l’Anathaeum elle tombe par hasard sur un mystérieux jeune homme et tombe amoureuse de lui au premier regard. Plus tard elle le voit comme par hasard, se volatiliser sous ses yeux, et, comme par hasard, il y a une phrase écrite dans le livre qu’il tenait, en italien, qui permet de voyager dans l’espace-temps. 
Bon.
La répétition de l'expression "par hasard" vous met sans doute déjà la puce à l'oreille sur mon avis sur ce livre.

Une fois arrivée de l’autre côté avec ses deux meilleurs amis, elle se fait sauver par le beau ténébreux Arik, chef de son escouade, et tout le monde, dès le départ, cherche à la protéger. Tout le long du livre il se passe exactement la même chose mais le plus extraordinaire c’est qu’elle découvre des pouvoirs hors normes totalement par hasard.
Pourtant le scénario n’était pas mauvais : une jeune fille née de deux parents extra, se retrouve avec des pouvoirs qu’elle ne comprend pas dans un monde qui lui est étranger et en plus se trouve être l’enfant de l’Apocalypse. Cela manque juste de relief. Ou alors, je n’aurais tout simplement pas dû le lire après Half Bad (voir ma précédente chronique)

Dans tous les cas une chose me chiffonne c’est : pourquoi ne peut-elle pas être avec Arik ? En effet, comme cela est dit dans le résumé et dans le roman, elle EST l'enfant de l'Apocalypse. Ce que tout le monde craignait c'est déjà produit : deux sentinelles ont eu un enfant il n’y a donc plus aucun risque ! Parlons-en d’ailleurs de cette histoire d’Apocalypse : ils en parlent uniquement à deux ou trois reprises. Mais avouez quand même que ça reste minime, elle doit déclencher la fin du monde (ou le réparer hein, n’oublions pas tout de même) et tout le monde s’en contrefiche. Elle a également des visions d’événements qui se seraient produits ultérieurement mais on y fait que très rarement allusion en dehors de son point de vue.

Sans parler de sa sphère de vérité. Très utile mais un peu trop facile. Qui n’a jamais rêvé de pouvoir voir ce que les autres font dans leur dos ? Ce qu’ils cachent ? Peut-on leur faire confiance ? L'idée de découvrir les secrets par un quelconque procédé magique est très utilisée dans les romans de fantasy; on leur donne alors des noms d’inquisiteurs ou autres et ils fouillent dans l’esprit des personnes pour trouver ce qu’ils cherchent, cela demande souvent un gros effort ou est utilisé sous forme de châtiment, ou encore pour inculper ou disculper quelqu’un. Non, là, elle a juste besoin d’une goutte de sang - goutte de sang qu’ils donnent pour la plupart sans problème - et de demander à sa sphère magique si elle peut faire confiance à telle ou telle personne.

En clair je trouve ce roman très (voir trop) flou, il manque d’éclaircissements sur certains points, et ne complique pas assez la tâche à son héroïne qui arrive à traverser les épreuves sans trop de difficultés. Certains événements marquants ne sont malheureusement pas assez exploités et les personnages manquent de profondeur. 

Malgré tout, cela reste un bon roman, qui se lit très bien. L’écriture est fluide, et les personnages attachants. Il faut cependant tout de suite s’accrocher pour ne pas se perdre en cours de route, et réussir à replacer tous les personnages assez rapidement dans leur contexte. L'histoire des sphères de pouvoir et des sauts dans le passé à travers la mémoire de personnes mortes ou disparues est également très intéressante et j'espère qu'on en apprendra davantage dans la suite de la saga. 


Le mot de la fin : à lire pour une pause détente. 

mardi 9 août 2016

Half Bad : Traque Blanche tome 1 de Sally Green






      Half Bad : Traque Blanche tome 1 de Sally Green

Tu ne sais ni lire ni écrire, mais tu guéris vite, pour un sorcier. Tu ne supportes pas de rester enfermé une fois la nuit tombée. Tu détestes les sorciers blancs, mais tu aimes Annalise. Tu es enfermé dans une cage depuis tes quatorze ans. Maintenant tu n’as pas le choix : tu dois fuir, et retrouver Mercury, la sorcière noire qui dévore les petits garçons. Et tout ça, avant ton dix-septième anniversaire.
Facile…

Half Bad est ma première lecture parmi une sélection de trois romans (Library Jumpers T1 et La soudaine apparition de Hope Arden, les chroniques viendront prochainement). Des trois c’est sans doute celui qui me faisait le moins envie malgré une couverture sensationnelle. Ce qui me rebutait le plus était en fait sa taille, 379 pages, en grand format c’est pas énorme pour placer plusieurs personnages et leur psychologie.

Mais bref. Je l’ai ouvert et je ne regrette pas. L’auteur décide de nous prendre à parti dès le départ en mélangeant les pronoms « tu » et « je » à l’intérieur même du récit et nous lance avec le héros principal dans une course contre le temps, la Mort, et la magie.

Commençons avec un résumé plus approfondi de l’histoire. Nous sommes dans le monde moderne, et nous, béjaunes -autrement dit humains- ignorons l’existence des sorciers noirs et blancs. Pourtant ces derniers vivent de la même manière que nous, respirent le même air, font les mêmes choses, à une différence près… ils se servent de magie grâce à des Dons qu’ils reçoivent le jour de leur 17 ans. Ah, nous aussi nous aimerions bien recevoir quelque magie pour notre anniversaire !
Nathan, le héro, ou plutôt anti-héro, de cette histoire est né d’une sorcière blanche, douce avec des pouvoirs de guérison, et du plus terrible des sorciers noirs qui dévorent le coeur de ses victimes pour absorber leurs dons.

Je ne veux pas évoquer une quelconque question de karma mais le voilà déjà mal parti…

Rejeté par une partie de sa famille, soutenue par l’autre il ne connaît pas son père pour qui il voue pourtant une admiration secrète. Au fur et à mesure des années, Nathan voit ses mouvements se restreindre de plus en plus à cause du Conseil (composé uniquement de sorciers blancs) qui le juge à moitié dangereux, à moitié méchant, à moitié comme son père, à moitié tout sauf gentil : half bad.

Et même si nous avons bien souvent pitié de lui, que ce qui lui arrive nous fait horreur, nous ne pouvons guère leur donner totalement tort et on ne peut s’empêcher de penser tout comme le conseil, avec un brin de culpabilité cependant, qu’en effet, il est bien à moitié mauvais.

Mais bon voilà, après ces 379 pages, on en redemande quand même !

En ce qui concerne l’écriture et le style de l’auteur, Sally Green, on peut le qualifier de particulier. Comme je le disais auparavant les passages alternent régulièrement entre le « tu » et le « je », mais si au début cela peut paraître perturbant, on finit par s’y faire et par apprécier d’autant plus cette espèce de provocation.
Les phrases sont également très courtes donnant une apparence un peu hachée au roman mais aussi effrénée : très représentatif d’une traque, n’est ce pas ?

De plus, l’introspection du personnage est très présente, peu de descriptions longues mais aussi peu de dialogues. Cela aurait pu en rebuter plus d’un mais le changement de pronom pallie ce problème puisque l’on se retrouve à analyser une même situation de différentes manières. Le « tu » étant souvent quelque chose d’intemporel, de non palpable, comme une sensation, alors que le « je » est davantage dans l’action.

On peut aussi y voir un parallèle avec l’Histoire de notre civilisation et nous autres, êtres humains. Le rapport noir/blanc y est très présent ainsi que la dualité de l’âme humaine : le bien, le mal cela ne signifie plus rien dans ce roman où le héros est tantôt sensible, tantôt mauvais, plein de compassion ou de haine et où nous même, on ignore si on doit l’aimer ou le détester.
Sally Green arrive à mettre tout cela dans son univers et cela change des romans dits "pour la jeunesse", où les héros sont de gentils p'tits bonhommes.


Le mot de la fin : Haletant, palpitant, captivant.