mercredi 22 février 2017

Un tour sur la lune avec Christophe Colomb, ça vous tente ?




Colomb de la lune, de René Barjavel
#Les livrosaures





Si ce n’est certainement pas un coup de cœur, c’est un petit roman d’un peu moins de 200 pages qui se lit très vite comme une délicieuse fable au coin du feu.

Le héros de ce roman s'appelle Colomb : tout un symbole.
Il sera le premier homme à se poser sur la Lune.
Reste à en revenir.
À la condition que, là-haut, rien ne vous retienne.
Et, surtout il y a l'aventure terrestre de sa femme.
Une aventure sans doute plus dangereuse que la conquête des étoiles.
Cela se nomme l'amour.


L’auteur et ses autres romans
René Barjavel a un peu plus de 33 œuvres dans sa bibliographie : des romans, des essais, des nouvelles, des autobiographies (La charrette bleue) ou même des albums. Tous parus entre 1942 et 1986, il les qualifiait d’extraordinaires et non de science-fiction au début de sa carrière puisque ce terme provient des USA et que l’Europe n’a eu que très tardivement accès aux œuvres dites de science fiction. Aussi on peut dire que René Barjavel, à l’instar de Jules Verne est un des premiers romanciers du genre même s’il y mettait une nuance dans une interview donnée à Laurence Paton :« Ce qui me met, je crois, en marge de la science-fiction, ce qu’on ne trouve jamais dans mes livres de monstres extravagants ou d’extra-terrestres. Mes personnages sont toujours des êtres humains. C’est le sort de l’homme, de l’espèce humaine qui est mon souci ».

Un peu plus loin dans l’interview il se qualifie lui même de fabuliste ce qui, je trouve, lui correspond tout à fait, tant par son écriture légère mais moralisatrice que par ses histoires oscillant entre réalité et fiction.

Mort à l'âge de 74 ans en 1985, il s'est fait connaître grâce à des ouvrages qui sont aujourd'hui parfois étudiés en cursus scolaires et universitaires tels que La Nuit des temps, ou encore, Ravage.


Colomb de la lune, la chronique
La France s'est décidée à envoyer sur la lune un homme intrinsèquement lié à cette dernière avec une douce fable racontée au coin du feu ; rassemblant déjà tous les éléments liés à cette histoire : une femme, une fusée, et un homme un peu fou (les Hommes peut-être?). Une fable, c’est bien le tour que prend ce roman : racontée à des enfants ou à des adultes, il n'est question ni de haine, ni de douleur, ni de chagrin mais juste d'un amour profond, d'une réflexion inédite, et d'une sagesse à trouver dans ce monde où tout va de travers. Le chemin vers son « moi » intérieur représente une quête que Barjavel exploite à merveille dans ce roman décalé.

C'est un livre de "science fiction" mais c'est aussi un portrait de femme sous toutes ses formes : mère, amante, princesse, peintre, entre désir et trahison la femme louvoie efficacement et fait tomber le cœur des hommes non par méchanceté mais par amour et désir. Et bien que certaines fois l’aspect légèrement machiste de la chose m’a fait grimacer je dois reconnaître qu’il avait sans doute raison sur bien des points.


Les personnages : surréaliste ou scientifique
Barjavel fait naître de sa plume des personnages un peu plus loufoques que d’ordinaire à la limite du surréalisme quelques fois : un cosmonaute rêveur qui part trouver une princesse intérieure, une marguerite qui peut faire comprendre les secrets de l’univers, un scientifique émerveillé par le zéro absolu qui se transforme en colombe noire, un jeune homme dont les yeux lui mangent le visage, une artiste en stéréotype… autant de locuteurs un peu fous sans parler de l’auteur qui à travers le moi et le je cherche à nous piéger un peu plus dans son roman tantôt le je remplaçant un personnage tantôt l’auteur lui-même qui sait :
« Cet enfant que j’ai croisé à Cardoue et qui m’a regardé tout à coup comme s’il avait faim et soif, comme s’il avait envie de mourir et envie que je le sache avec ces yeux immenses, grands ouverts pour que je voie bien jusqu’au fond de son âme, cet enfant c’était peut-être lui… Cela correspondant comme temps et comme âge. Cet enfant, remarquez, ne pensait rien de ce que je viens d’écrire. Il ne pensait sans doute rien du tout. Il avait seulement des yeux trop grands pour lui » (durant le point de vue de Marthe, la femme de Colomb).
« Pourquoi Colomb a t-il été choisi parmi les dix-sept ? Pourquoi lui et pas un autre ? Qui l’a choisi ? C’est moi, qui voulez-vous ? » (durant le point de vue du scientifique chargé de la mission).

Comme d’ordinaire on retrouve des éléments qui préfigurent quasiment de façon continuelle dans les romans de Barjavel tels que ce projet scientifique un peu fou qui réunit des spécialistes du monde entier dans un huit clos médiatisé que l’on peut facilement rapprocher à La nuit des temps.
« Ces savants sont des enfants qui s'amusent. Ils ouvrent les choses pour voir ce qu'il y a dedans, ils envoient des cailloux dans le ciel, et ils se créent un vocabulaire à eux, pour que personne ne les comprenne, pour fermer le clan, la petite bande. »

En bref, un joyeux mélange de sciences et de plaisir, d'amour et de quête de soi, de folie et de réalisme, un petit roman qui se lit très vite et qui se pose là comme une fable délicieusement humoristique et philosophique.

astrosurf.com

Extraits supplémentaires

« Un enfant n'imagine pas que sa mère puisse avoir mal, devenir malade, être vaincue. Puisqu'une mère c'est la certitude, l'apaisement et la force. L'enfant Colomb s'impatientait, demandait la suite de l'histoire. Sa mère eut le courage de sourire et de le coucher. Puis elle se mit au lit à son tour et se fut le commencement de cette longue bataille qu'elle ne devait pas gagner.
Lui attendait la suite de l'histoire. il savait que la Princesse quelque part attendait elle aussi, attendait pour continuer de vivre, que sa mère et lui remissent en route le fil de l'histoire. Sa mère pour dire et lui pour entendre. Sa mère lui donnait la Princesse et lui la recevait. C'est ainsi qu'elle vivait. »


« Un gosse, l'amour, la vie, tout ça c'est un bain de connerie ! »

jeudi 16 février 2017

La La Land : Damien Chazelle nous signe encore une fois une petite merveille



La La Land

© les gribouillesdefloriane


La La Land vous connaissez ? Aucun doute ! Il a tout raflé, partout, dans toutes les cérémonies, avec pas moins de 14 nominations aux Oscars 2017 (meilleur film, meilleure actrice, meilleure chanson originale etc.) envoyant au rang de pacotille les films en compétition pourtant très intéressants et salués par la critique : Lion que j’avais vu en avant-première lors du Festival International du Film de La Roche-sur-Yon m’avait laissé des larmes aux yeux par sa douceur et sa tendresse ou encore Moonlight qui assure de belles promesses de grandeur d'âme.
Beau, entre le rétro et le moderne, La La Land s’élance aussi sur les pas de la nostalgie si chère à notre société actuelle.

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sébastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent… Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera t-il aux tentations, aux déceptions et à la vie trépidante d’Hollywood ?

Il faut dire que j’avais commencé fort ce mois de février avec Broadway Limited alors pourquoi ne pas continuer dans le rétro, la course aux auditions, les airs de jazz qui vous ensorcellent et la vie pétillante de Los Angeles (cette fois-ci).
Comme je l’avais dit dans une de mes précédentes chroniques cinéma je ne suis pas une passionnée de cinématographie comme peuvent l’être certains aussi je me contente de parler de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je ressens lors d’un film et là un simple « waouh » suffit.

Je ne suis pas très comédie musicale, ni même comédie tout court, je vais au cinéma pour voir des images que je n’ai pas l’habitude de voir, les parodies de la vie réelle sont juste des choses qu’il est à mon sens très inutile d’aller voir au cinéma. MAIS. Pourquoi pas La La Land ? C’est ce que je me suis dit en le voyant partout, en entendant en boucle la bande originale. J'ai sauté sur l'occasion pendant les vacances.

Et bien pas déçue du voyage ! Que dire de ces images aussi belles que poétiques qui vous laissent la bouche ouverte, ébahie par tant de splendeur ? De ces couleurs tantôt pétillantes tantôt dégradées qui trouvent toujours leur place esthétique dans les yeux de Chazelle. Que dire de ces scènes chorégraphiées avec génie, avec autant de professionnels que d’amateurs, au rythme de dingue qui poussent un sourire un peu fou sur vos lèvres (et dont l’utilisation récurrente du steady-cam y est pour beaucoup) ? Que dire de la bande originale qui fait battre votre coeur à mille à l’heure que ce soit d’une joie bondissante, d’une euphorie attendrissante ou bien d’une petite douleur larmoyante ?
Et oui je pense que City of Stars interprété par Ryan Gosling ou encore A Lovely Night avec Emma Stone resteront longtemps des petits airs singuliers dans ma tête. Que dire encore du jeu des acteurs que j’ai particulièrement trouvé intéressant dans tous leurs non-dits ?

© lebleudumiroir

Juste un waouh. Un soupir de bien-être que seuls vos voisins entendront.

Mais le film n’est pas seulement beau pour les yeux et les oreilles il l’est également pour le coeur. Que de fraîcheur et d’élégance… Et tout comme le dîner avec Cary Grant était une running gag dans Broadway Limited, Chazelle utilise allègrement celle du klaxon, symbole de la rencontre des deux protagonistes et des quelques revirements qui vont jalonner leur vie amoureuse. Et oui mesdames et messieurs, le klaxon, la représentation sonore de notre énervement maximum dans les embouteillages, peut devenir un geste quotidien de bonheur.
De plus, les quelques retours à la réalité, opposés au côté quasi féerique de l’ensemble du scénario nous font prendre conscience d’une réelle volonté du réalisateur de nous présenter à la fois quelque chose de hors du temps et finalement...complètement dedans ! Questionnant sans cesse cette interrogation actuelle du « c’était mieux avant n’est ce pas ? », en opposant jazz conservateur et jazz modern, rêve et réalité, passé et présent. Voire futur dans le passé… (je n’en dis pas plus) pour finalement en déduire que les choix, quels qu’ils soient sont pris toujours pour une bonne raison.

Finalement après Broadway Limited c’est un véritable coup de coeur qui s’opère pour cette petite merveille parfaitement complémentaire de ma dernière lecture. Et si les quelques notes qu’Emma Stone n’arrive pas à émettre pourraient quelques fois gêner le spectateur, la prestation artistique de l’ensemble nous les fait bien vite oublier. Sans omettre les multiples références cinématographiques et musicales qui se glissent çà et là telles que : Les Demoiselles de Rochefort (scène d'ouverture), West Side Story (jusqu'au rideau servant de drapé), Singin' in the rain, ou encore Moulin Rouge lorsqu'ils dansent dans les étoiles. Et sans doute beaucoup d'autres que ma culture cinématographique n'a pas su relever. N'hésitez pas à m'en dire plus !

En résumé, un petit bijou rétro et dansant

Les acteurs tantôt drôles, charismatiques, sensibles font honneur au goût esthétiquement indiscutable de Chazelle. Les musiques, endiablées ou romantiques, pour la plupart jazzy, nous entraînent sans mal dans cette romance en demie-teinte. 

© ecranlarge

Je vous laisse bien évidemment avec un petit passage du film histoire de vous convaincre un peu plus de voir ce film remarquable !